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Chergui 25 : Exercice aéromobile au Maroc

Texte : Adjudant-chef Anthony Thomas-Trophime

Publié le : 12/01/2026 - Mis à jour le : 05/02/2026. | Temps de lecture Temps de lecture : 5 minutes

Du 20 septembre au 11 octobre 2025, l’exercice Chergui a réuni dans la région d’Errachidia, au sud-est du Maroc, les forces aéromobiles françaises et marocaines. Objectif : renforcer leur interopérabilité et consolider un partenariat stratégique dans un environnement aussi exigeant que spectaculaire : les reliefs désertiques de l’Atlas.

À plus de 180 km/h et à une quinzaine de mètres du sol, un NH90 Caïman survole à vive allure les reliefs rocailleux de l’Atlas. Concentré, le pilote ajuste sa trajectoire, suivant avec précision les méandres d’un oued asséché. « Objectif à mille mètres », annonce le chef de bord dans l’intercom. À l’arrière, le membre opérationnel de soute (MOS) fixe l’horizon, la main sur sa M3M de calibre 12,7 mm.

L’appareil se cabre soudain avant de se stabiliser en vol stationnaire« Objectif à midi, 300 mètres. » Quelques secondes suffisent : le MOS ouvre le feu. Les balles s’abattent sur une carcasse de véhicule, soulevant un nuage de poussière. Ce vendredi 3 octobre, les hélicoptères Tigre, Gazelle et Caïman se relaient sur la zone de tir de Missendal. Cette scène se déroule à l’occasion de l’exercice Chergui 25, organisé du 20 septembre au 11 octobre, dans la région d’Errachidia, au sud-est du Maroc.

« L’objectif est de renforcer notre capacité à opérer en interarmes et interarmées avec nos partenaires marocains », souligne le commandant Mathieu, chef du détachement français. Pour cette édition, le 5ᵉ régiment d’hélicoptères de combat (5ᵉ RHC), unité leader, a d’abord mené une véritable opération logistique pour déployer depuis Pau deux hélicoptères Tigre, trois Gazelle et quatre Caïman.

Sur zone, il a été renforcé par un peloton de reconnaissance et d’intervention du 1ᵉʳ régiment de chasseurs, d’une section du 1ᵉʳ régiment de tirailleurs et d’un module de commandement de la 4ᵉ brigade d’aérocombat (4ᵉ BAC). Les Forces armées royales marocaines engageaient quant à elles  un Chinook, un Puma, une Gazelle, des éléments de la 5ᵉ brigade mécanisée, des canons automoteurs M109, un peloton de chars Abrams, des forces spéciales parachutistes et des éléments de reconnaissance blindée.

Le désert n’épargne personne

Installés à 1 000 m d’altitude, les soldats ont dû composer avec la chaleur et des tempêtes de sable frappant régulièrement le campement. Un terrain abrasif qui met à rude épreuve la rusticité et la résilience de chacun. Dans cet environnement aride, les équipages perfectionnent leurs savoir-faire tactiques, notamment le fameux “poser poussière”. À l’atterrissage, le souffle des pales soulève une masse opaque de sable qui réduit la visibilité à néant.

 Pour les pilotes de NH90, le MOS guide la descente depuis la soute. Sur les Tigre et Gazelle, l’approche repose davantage sur l’instinct et la coordination. Vastes étendues aux reliefs variés, faible trafic aérien, nuits noires… Les pilotes sont unanimes : le cadre est idéal pour s’entraîner aux vols techniques et tactiques. Les équipages du Tigre ont ainsi validé leurs qualifications de vol en milieu désertique, de jour comme de nuit, tout en s’exerçant à des scénarios de contre-terrorisme, dont la poursuite de véhicules de type pick-up.

Le désert n’épargne personne, pas même les machines. La poussière s’infiltre partout, use les filtres et érode les pales lancées à plus de 790 km/h. Les équipes de maintenance œuvrent sans relâche pour maintenir la disponibilité opérationnelle du parc aérien. « Nos conditions de travail sont plus rustiques qu’en France, mais les exigences restent les mêmes : la sécurité des équipages dépend de notre rigueur », explique un mécanicien du 5ᵉ RHC. Cette discipline technique illustre l’importance de la chaîne logistique dans les opérations extérieures comme dans les entraînements conjoints

Interopérabilité et fraternité d’armes

Pour le peloton de reconnaissance et d’intervention du 1er RCH habitué aux forêts de Verdun, l’exercice est une première : « Ici on évite les lignes de crête pour privilégier les oueds afin de ne pas être repérés, explique le caporal Adrien. Les grandes étendues, l'absence de végétation et la poussière trahissent facilement nos positions. »  Le travail avec l’infanterie mécanisée marocaine et leurs chars Abrams demande une coordination rigoureuse, tout comme la collaboration avec les hélicoptères de reconnaissance et d’appui.

Les fantassins du 1er régiment de tirailleurs ont également conduit des séances de tirs et des opérations héliportées à bord des aéronefs marocains. Côté commandement, une équipe de la 4ᵉ BAC a été insérée au centre des opérations de la 5ᵉ brigade mécanisée marocaine pour la phase d’exercice en conditions réelles (Livex). Objectif : partager les méthodes de planification et de conduite des opérations tout en consolidant la compréhension mutuelle des doctrines. L’exercice s’est conclu par une démonstration de combat aéroterrestre à munitions réelles, en présence des autorités militaires et diplomatiques des deux nations.

Cette manœuvre interarmes, fondée sur un scénario de défense du territoire marocain, a mis en œuvre l’ensemble des moyens aéroterrestres engagés. Chergui 25 incarne la volonté commune de bâtir une coopération solide et durable au service de la stabilité régionale. Au-delà de la performance opérationnelle, il s’impose comme un exemple concret d’interopérabilité et de fraternité d’armes entre la France et le Maroc, dans un contexte sécuritaire où la maîtrise du milieu désertique demeure un atout stratégique.

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