Cerces, ambiance grand froid
Texte : Commandant Maxime Notteau
Publié le : 16/03/2026.
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Rendez-vous annuel des unités de la 27e brigade d’infanterie de montagne, l’exercice Cerces a mobilisé du 14 au 28 novembre dernier près de 1 000 soldats afin de les préparer à un engagement opérationnel en milieu grand froid. Une édition marquée par la présence d’évaluateurs du centre d’entraînement au tir interarmes et la mise en œuvre de nombreuses innovations.
« Section, première pièce, tirez ! » Dimanche 23 novembre, le soleil est encore loin sous les lignes de crête quand résonnent les premiers départs de coup. Alignés face à la paroi rocheuse, 4 tubes de 120 mm font successivement feu. Sur la position du 93e régiment d’artillerie de montagne (93e RAM), les salves s’enchaînent pour appuyer les éléments d’infanterie du sous-groupement tactique interarmes (SGTIA) ʺbleuʺ.
En peu de temps, à trois kilomètres de là, plusieurs dizaines de munitions s’abattent au sol dans un fracas répercuté par les sommets environnants. Le tir terminé, le SGTIA bleu reprend sa progression. La scène se passe en Maurienne, dans le cadre de l’exercice Cerces. Organisée du 14 au 28 novembre, cette manœuvre a rassemblé un millier de soldats de la 27e brigade d’infanterie de montagne (27e BIM) et des renforts italiens et espagnols.
Sur le grand champ de tir des Alpes, les unités se sont succédées sur un rythme journalier enchaînant séquences de combat et phases de tir tactiques. Cette édition a revêtu un caractère inédit. À la demande de l’état-major de la 27e BIM, des évaluateurs du centre d’entraînement au tir interarmes (CETIA) de Suippes sont venus contrôler les divers SGTIA.
"Hors les murs"
Ici, l’environnement très exigeant conditionne l’évolution des troupes au sol, la première des contraintes étant le froid. « Quand nous nous sommes déployés cette nuit, nous avons été confrontés à des températures de moins 15°C », précise le capitaine Guillaume, commandant le SGTIA bleu. La gestion et la préparation du matériel deviennent capitales pour tenir.
Deuxième élément déterminant, le terrain : « Ici, les franchissements sont plus lents que dans d’autres milieux. Sans compter les sites positifs ou négatifs importants qui ont une influence sur la prise de visée. Cela nécessite des corrections en binôme pour bien tirer », conclut le capitaine. Des éléments auxquels sont très attentifs les évaluateurs du CETIA dans leur mission de contrôle et de conseil.
Évaluer ʺhors les mursʺ présente un double avantage : « Les commandants d’unité sont contrôlés dans leur domaine de spécialité, la montagne, et valident le niveau de préparation opérationnelle de leur compagnie ou escadron au même titre que s’ils avaient effectué une rotation dans un centre d’entraînement. Les contrôleurs, quant à eux, évoluent dans un espace différent et recueillent beaucoup d’informations pour adapter les évaluations », indique le lieutenant-colonel Gilles-René, commandant le CETIA Symphonie.
Préparer les postes de commandement aux menaces actuelles
Autre facette de Cerces, l’évaluation des postes de commandement (PC) des régiments, menée du 14 au 20 novembre en terrain libre en plein cœur du massif des Bauges. Celui du 13e bataillon de chasseurs alpins a été évalué au cours d’un Antares et ceux du 93e RAM et du 2e régiment étranger de génie (2e REG) ont été contrôlés sur leur mise en œuvre.
Tous ont dû évoluer sous la menace constante de drones. La première promotion de stagiaires du centre d’entraînement tactique drone (CETD) de la 27e BIM a été intégrée à la force adverse pour les déceler et les détruire en utilisant des drones de frappe et des munitions télé-opérées forçant les troupes au sol à opérer de manière plus légère et déconcentrée.
« Cela s’inscrit dans le cadre du mandat confié par le commandement du combat futur portant sur le combat décentralisé, dronisé », souligne le général de la Bardonnie, commandant la brigade de montagne.
Qui innove, gagne
En parallèle des recherches menées par le CETD et dans l’esprit du mandat, des vecteurs légers tels que les quads et les SSV ont été utilisés. Toutefois, le projet qui retient le plus l’attention est une innovation portée par la 27e compagnie de commandement et de transmission de montagne (27e CCTM).
Metam, initié en 2023, consiste en une solution matérielle permettant aux transmetteurs de se passer de groupes électrogènes et d’être autonomes en alimentation électrique en ayant recours aux énergies éolienne et solaire ainsi qu’à une pile à combustible. Moins d’empreinte logistique pour plus d’efficacité. Déployé au Gros Crey, à plus de 2 000 mètres d’altitude, le prototype a tenu toutes ses promesses.
« Sur cette position, durant huit jours, nous avons profité de la force des vents pour faire fonctionner nos postes radio et tenir malgré les températures extrêmes », se satisfait le sergent Victor, en charge du point haut lourd. Cerces est donc plus qu’un rendez-vous majeur pour la préparation à la haute intensité : il constitue un laboratoire d’idées où se dessinent déjà les contours de la guerre de demain.