Un régiment indien en exercice avec la 13e DBLE
Texte : Lise Jugon
Publié le : 03/11/2025.
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Fin juin, la 13e Demi-brigade de Légion étrangère a reçu sur le camp général de Castelnau les Indiens du 7e bataillon des Jammu and Kashmir Rifles dans le cadre de l’exercice interalliés Shakti. Après s’être rendus en Inde l’an dernier pour s’entraîner aux côtés de leurs partenaires, les légionnaires ont cette fois eu à cœur de les accueillir en France. Ces échanges contribuent à renforcer durablement les liens entre les deux armées.
Des silhouettes se détachent de la mer pour se rapprocher de la côte. Le 23 juin, à 4h30 du matin, trois groupes de combat de la 1re compagnie d’infanterie de la 13e Demi-brigade de Légion étrangère (13e DBLE) sont largués par des embarcations au large de la Tamarissière à Agde.
Après avoir palmé sur deux kilomètres, les légionnaires, en combinaison de plongée, s’avancent sur la plage pour sécuriser le périmètre. Tandis que certains montent la garde, jumelles de vision nocturne sur la tête, d’autres revêtent leur tenue de combat.
Le capitaine Côme accompagne ses hommes. Il commande cette unité amphibie dont la mission est de projeter des forces sur un littoral et de s’emparer d’un point d’entrée par la mer. « L’objectif est d’ouvrir la voie et de sécuriser la zone avant le débarquement des alliés du 7th battalion of Jammu and Kashmir Rifles. »
Trois heures plus tard, des zodiacs® accostent sur le sable, couvrant le ressac. Armes en main, l’unité de combat indienne franchit la zone jusqu’au point de ralliement face aux promeneurs intrigués.
Cette mission d’infiltration n’est qu’une partie de la huitième édition de l’exercice bisannuel Shakti. Son objectif : renforcer l’interopérabilité franco-indienne. L’Inde, l’une des principales puissances militaires au monde, compte environ 1,4 million de soldats actifs dont 1,2 million pour l’armée de Terre. Elle est le premier pays partenaire de la France en Indopacifique et un allié indispensable pour faire face aux tensions qui s’exercent dans cette région du monde.
Apprendre à se comprendre
La 13e DBLE a été désignée par la 6 e brigade légère blindée (6e BLB) pour participer aux deux dernières éditions de Shakti. La 3e division, à laquelle appartient la 6 constitue aujourd’hui la division "Monde", dont l’orientation stratégique est centrée sur l’Indopacifique. Lors de la rencontre précédente, les bérets verts ont suivi les manœuvres du 22nd Rajput Infantry battalion au nord-est de l’Inde.
Cette année, le match retour se joue à domicile. Du 18 au 26 juin 2025, 90 soldats indiens du 7 th battalion of kashmir and jammu rifles ont participé à une immersion de deux semaines, sur le camp du Larzac. Une première pour eux.
Tirs, parcours d’obstacles, parcours d’audace etc. À leur tour, les militaires du continent asiatique découvrent les méthodes d'entraînement et les techniques de combat propres aux légionnaires.
Les différences entre les deux unités vont bien au-delà de la couleur de leurs treillis. En Inde, les traditions culturelles et religieuses sont intégrées au monde militaire. Hindous et musulmans servent ensemble, tandis que certains soldats arborent des turbans dissimulant de longues chevelures, signes de leur foi sikh.
Ce pluralisme contraste avec l’uniformité chère aux légionnaires pourtant tous de nationalités différentes. S’ajoute à cela la barrière de la langue. « Ce n’est pas toujours évident de communiquer, mais heureusement certains frères d’armes sont népalais et parlent la même langue qu’eux », affirme le sergent Brad de la compagnie amphibie.
Les entraînements conjoints ne sont qu’une phase préparatoire. Le but est avant tout d’apprendre à se comprendre. « La dimension interculturelle tient une place particulière dans cet échange », souligne le colonel Benjamin Brunet, chef de corps de la 13e DBLE. L’étape suivante est un exercice en terrain libre de 4 jours en Occitanie.
L’opération, débutant par le débarquement sur la plage d’Agde, s’étend jusqu’à Lodève, avec une progression à pied ponctuée de combats urbains dans plusieurs villages. Le relief de l’Hérault et la grande diversité de paysages permettent aux soldats de travailler plusieurs savoir-faire tactiques.
Une collaboration sur tous les plans
Sur le terrain les opérations battent leur plein. Parallèlement, un poste de commandement constitué de plusieurs véhicules militaires dont un blindé Griffon camouflé sous des bâches et des branchages est mis en place à une vingtaine de kilomètres de là.
Le lieutenant-colonel Stéphane, chef du bureau opération-instruction (BOI) de la 13e DBLE, et le colonel Kania, chef de corps indien, travaillent de concert au milieu des ordinateurs et des cartes. « Le soin apporté à la préparation en amont et à la coordination permet une action conjointe efficace en dépit de nos différents modes d’action », ajoute le chef du BOI.
Le 24 juin, sous un soleil de plomb, des échanges de tirs animent le village de Canet. Alors que les unités progressent dans les rues bondées, Indiens et légionnaires affrontent un groupe d'ennemis, identifiables à leur treillis sable. « Ce type d’exercice nous offre une occasion précieuse de nous mettre à l’épreuve en conditions réelles », ajoute le major Abishek, commandant de la compagnie de combat indienne.
Par ailleurs, l’affrontement se livre sur un autre champ de bataille, la guerre électronique. Domaine clé du combat moderne, elle vise à exploiter, perturber, tromper et neutraliser les systèmes d’ondes ennemis. Elle utilise le spectre électromagnétique, comme les radars, les communications ou les systèmes de guidage.
Le major Navneet, commandant de la compagnie electronic warfare, travaille en collaboration avec les spécialistes français. « Nous avons été impliqués dans l’interception, dans la radiogoniométrie, sur les moyens de communication en temps réel et la sécurité des signaux, systèmes cruciaux de toute guerre non-conventionnelle. »
Les liens renforcés
Lors du dernier jour de terrain libre, les unités changent de décor et s’engagent vers les reliefs escarpés des montagnes de Lodève. Chargés de leur équipement et confrontés à un fort dénivelé les hommes progressent à travers une végétation dense. Après de longs kilomètres, une paroi rocheuse de trente mètres de haut se dresse face à eux. Un légionnaire les attend avec cordes et baudriers en main.
Le vide suscite bien souvent la peur, et la descente en rappel est l’occasion de renforcer la confiance entre les deux unités. Une première pour certains Indiens, qui malgré le vertige, sont portés par l’entraide et la camaraderie. Tour à tour, chacun se laisse glisser par bonds, le long de la falaise.
À l’issue de cette épreuve, au cours d’une présentation dynamique mêlant phases de contacts et sauvetage au combat, les soldats présentent aux hautes autorités, dont le général Cyrille Youchtchenko, commandant la Légion étrangère, les capacités acquises au cours des derniers jours.
À cette occasion, l’ambassadeur indien en France, Sanjeev Singla, s’est déplacé pour souligner l’importance stratégique de cette coopération bilatérale. « Dans un monde en mutation rapide, marqué par des évolutions géopolitiques complexes, il est capital de renforcer l’interopérabilité entre nos armées », s’exprime-t-il, après la cérémonie concluant l’exercice Shakti.
À travers cette collaboration, la France et l’Inde nourrissent une volonté commune. Agir comme une force d’équilibre et de dissuasion dans un contexte international de plus en plus tendu. De cet engagement, naît une ambition forte : faire de Shakti un rendez-vous annuel, en élargissant sa portée à une dimension interarmées renforcée.