River Shadows avec les plongeurs de combat du génie : des ombres sous la surface
Texte : Augustin Paliard
Publié le : 04/03/2026.
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Du 17 au 28 novembre dernier, les plongeurs de combat de l’armée de Terre ont rejoint Bitche pour leur camp d’entraînement annuel, suivi d’un exercice de synthèse baptisé River Shadows. Aux côtés de leurs homologues belges et espagnols, ils ont conduit une série d’exercices exigeants destinés à renforcer l’interopérabilité et la préparation aux engagements les plus durs.
Posté sur la rive du lac d’Haspelschiedt, proche de la frontière franco-allemande, un trinôme de plongeurs français, belge et espagnol évalue la vaste étendue à franchir. Dimanche 23 novembre, la température dans la région n'excède pas les 5 degrés. Armes au poing, les hommes-grenouilles se mettent à l’eau. Immergés aux trois-quarts, chacun enfile sa paire de palmes et vérifie la présence d’oxygène dans sa bouteille. Après quelques signes de la main, ils disparaissent un à un dans le lac.
Leur mission : renseigner sur les berges ennemies en vue d’y faire franchir une brigade interarmes. Pour ce faire, ils s’infiltrent discrètement dans le dispositif ennemi situé sur la berge opposée, puis sécurisent le site avant l’arrivée du groupe d’assaut qui détruira les obstacles restants à l’explosif. Bien qu'ils évoluent seulement à 2 mètres de profondeur, leur présence demeure indétectable dans les eaux troubles d’Haspelschiedt.
Pour ne pas se perdre, les plongeurs sont sanglés entre eux et se dirigent à l’aide de leur montre et d’un compas de plongée. 90 minutes de navigation subaquatique plus tard, le groupe atteint son objectif. Appuyé par ses équipiers, le plongeur belge s'extrait de l’eau pour sonder le sol avec son détecteur de mines. En quelques minutes, il trouve un engin explosif qu'il neutralise discrètement et relève la position des autres menaces qui pourraient entraver le franchissement des engins de la brigade.
L’opération effectuée, ils s’exfiltrent avant d’être récupérés par une embarcation fluviale du génie et de laisser la place aux éléments d’assaut. Cette manœuvre s’inscrit dans le cadre du camp d’entraînement des plongeurs de combat de l’armée de Terre, River Shadows, qui s’est tenu à Bitche en Lorraine, du 17 au 28 novembre. Il a rassemblé 65 plongeurs de combat dont une vingtaine d’Espagnols et de Belges. L'objectif : renforcer la capacité “plongée de combat”, indispensable à la maîtrise du milieu terrestre.
Un entraînement annuel conjoint
Infiltrations héliportées, corde lisse, grappe, plongée, navigation, tir nautique. Cette 4e édition, organisée par le 1er régiment étranger du génie (1er REG), et supervisée par l’état-major de la brigade du génie, a été consacrée au partage des procédures aussi bien techniques que tactiques et complété par un exercice de synthèse de 4 jours. Ce dernier a opposé les 3 sections de plongeurs de combat à 2 compagnies motorisées, renforcées par une équipe drone et par un groupe cynotechnique (force adverse), chargés de les traquer dans les forêts lorraines.
« Cette phase de synthèse est une première. Elle permet une restitution des acquis autour d’un scénario réaliste », commente l’officier de marque de l’exercice, le chef de bataillon Antoine du 1er REG. Par ailleurs, d’importants moyens ont été déployés sur River Shadows. En effet, le régiment leader a été renforcé par plusieurs unités pour soutenir et appuyer cet exercice dans les airs comme sur terre et sur l’eau. D’abord, le 3e régiment d’hélicoptères de combat a assuré les mises en place par voie aéroterrestre lors des séquences d’infiltration des plongeurs et le volet sécuritaire, à l’aide d’un Puma.
La brigade du Génie a appuyé l’exercice avec ses unités : le 132e régiment d’infanterie cynotechnique inséré à la force adverse, le 19e régiment du génie a déployé deux embarcations fluviales pour faciliter la mobilité sur le lac. De son côté, le 28e groupement géographique a cartographié le lac d’Haspelschiedt avec un bathydrone, ajoutant ainsi plus de réalisme à l’exercice. En effet, ce drone fluvial fournit une visualisation en 3D des fonds, des informations primordiales pour la préparation des missions amphibies.
« De la rusticité et du sang-froid »
Les plongeurs de combat de l’armée de Terre doivent être capables d’intervenir sur tout le réseau des voies navigables de la zone d’action terrestre. Mener des actions décisives ne s’improvise pas. Ces missions périlleuses exigent un entraînement régulier, ainsi qu’une formation spécifique pour maîtriser le matériel de plongée et l’armement. « Former un équipier nécessite huit mois, sans compter la formation initiale du génie », précise le lieutenant Matej, chef de la section des plongeurs de combat du génie au 1er REG. Pour les sous-officiers et les officiers, 2 mois supplémentaires sont nécessaires.
Le soldat de première classe Damien, présent sur l’exercice, n’est pas encore qualifié “OXY”, certification permettant de plonger avec les recycleurs à l’oxygène. Pour utiliser ces outils, il devra retourner à l’École de plongée de Saint-Mandrier pour un dernier stage de 9 semaines. Pour l’heure, il se confronte au froid de l’Est.
Avec ces températures, le jeune sapeur est catégorique : « Être rustique et avoir du sang-froid nous est indispensable ». En effet, ces conditions permettent de prendre conscience du changement de paradigme entre les milieux d’opérations déjà éprouvés (Guyane, Sahel…) et les environnements auxquels l’armée de Terre sera confrontée à l’avenir.
« L’innovation est une condition de survie »
Dans les prochaines années, la perspective d’un engagement en haute intensité oblige ces hommes à être « bien formés, entraînés et équipés », souligne le général Christophe Bizien, commandant la brigade du Génie. Refondée en 2024, la brigade participe activement à la préparation opérationnelle des unités spécialisées du génie. Elle ambitionne en particulier de doter ses plongeurs d’équipements adaptés aux missions grand froid.
River Shadows a justement permis de proposer des innovations. 11 entreprises de la base industrielle et technologique de défense ont été conviées au cours d’une journée dédiée. « L’innovation n’est pas un slogan, c’est une condition de survie », affirme le général. L’idée d’un nouveau matériel de déplacement, permettant aux plongeurs d’atteindre leurs cibles plus loin par voie sous-marine, a été évoquée. D’autres accessoires seront quant à eux remplacés. « C’est aussi le moment pour eux de se demander quel outil va leur simplifier la vie » conclut-il.
En consolidant l’interopérabilité et en préparant l’innovation de demain, River Shadows s’affirme comme un rendez-vous annuel majeur. Exigeant, réaliste et tourné vers les enjeux futurs, il contribue à forger des spécialistes capables d’agir avec précision et résilience dans les environnements les plus contraints.
Pour renouveler l’oxygène, les recycleurs d’air (code et frogs) injectent de l’oxygène et absorbent le dioxyde de carbone à l’aide de cartouches de chaux.