Laurent Etchamendy, l’art de sublimer les cicatrices
Texte : Commandant Maxime Notteau
Publié le : 27/05/2026.
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Ancien militaire, Laurent Etchamendy a quitté l’institution en 2009 après quinze années de service. Trois ans plus tard, il fonde sa société de production, Vidéoprod64. En 2022, il prend la décision de rendre hommage à ses camarades blessés au combat, une manière de mettre les blessures en lumière pour mieux les réparer.
Né au Pays basque, entre montagne et océan, Laurent Etchamendy s’engage dans l’armée de Terre à 18 ans. En 1994, avide d’aventure sportive et humaine, il rejoint le 35e régiment d’artillerie parachutiste, avant d’intégrer le groupement commandos parachutistes (GCP) sous les ordres du major Patrice Sonzogni.
En 2007, après huit années passées au sein du GCP et une multitude de missions à travers le monde, il rejoint le bureau TAP du régiment et prépare sa reconversion avant de quitter le service actif en 2009. « À l’époque, je ne pensais pas revenir de sitôt » précise-t-il.
Las ! Quelques semaines après, il apprend que « Sonzo » a perdu la vie et que « Trevor », un équipier et ami, a été grièvement blessé. « Un véritable électrochoc ». D’autres disparitions de camarades suivront en 2010 puis 2012. Ancien vidéaste tandem, autodidacte et touche-à-tout de l’image, il fonde la même année sa société de production vidéo.
« Très vite, j’ai voulu, à travers l’objectif de ma caméra évoquer la mémoire de mes camarades ». Son activité se développe jusqu’à la crise du Covid. À la sortie du confinement, sollicité par l’École des troupes aéroportées, il renoue avec l’armée : « Un retour au bercail heureux », qui le conduit à être mis en relation avec le Centre national des sports de la défense afin de couvrir un stage de reconstruction par le sport.
Durant dix jours, Laurent Etchamendy vit en immersion avec des blessés, impressionné par leurs efforts pour reprendre le contrôle de leur corps et de leur esprit. Un déclic.
Un long cheminement
« J’ai senti que j’étais enfin prêt, à réaliser ce film que j’avais en tête depuis dix ans. Nous avons monté le projet, avec ma scénariste. » Avec la volonté de rendre hommage, de « faire comprendre sans être intrusif ou voyeur », Laurent Etchamendy obtient la confiance des partenaires institutionnels, mais surtout celle des blessés qu’il suit dans leur quotidien et leur préparation jusqu’aux Invictus Games de Düsseldorf.
Dans son film, La chance d’un second souffle, ils sont trois à témoigner : Sébastian, Cyrille et Sulayman. Trois corps brisés à reconstruire. Dès les premières images, le réalisateur établit un parallèle avec le Kintsugi, sublimant les fêlures physiques et les cicatrices morales pour mieux en reconnaître l’existence et mettre en lumière leur reconstruction.
Projeté en avant-première à l’École militaire le 3 octobre 2024, le film suscite d’emblée l’enthousiasme du public et des autorités militaires présentes, profondément touchés. Un succès qui se confirme au fil des projections et des sélections dans différents festivals. « Aujourd’hui directeur des opérations de l’association Soutien Commando, je suis comblé par ma nouvelle mission : le soutien à mes anciens camarades, l’aide aux blessés et la transmission ».
Le Kintsugi est une méthode japonaise de réparation des porcelaines ou céramiques brisées au moyen de laque saupoudrée de poudre d'or.