Sergent-chef Ludwig, caméraman de l'armée de Terre
Texte : Capitaine Eugénie Lallement
Publié le : 03/11/2025.
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Au sein de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense, le sergent-chef Ludwig a exercé le métier de caméraman. Pendant 9 ans, il a couvert exercices et opérations. Il a rejoint en 2018 le Centre interarmées des actions sur l’environnement et, est passé de la captation à la conception. Une autre manière d’utiliser les images à l’ère de la désinformation et de l’avènement de l’IA.
Au milieu d’une pièce dépourvue de fenêtres, le sergent-chef Ludwig évolue sereinement, à visage découvert. Derrière lui, un plateau de tournage et une maquette laissent entrevoir les activités discrètes de ce "laboratoire". « C’est ici que nous tournons et montons nos vidéos», introduit-il en désignant son environnement de travail.
Ce studio, situé au Centre interarmées des actions sur l’environnement (CIAE) à Lyon, tranche avec les missions de sa précédente affectation à l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD), pendant laquelle le caméraman a parcouru la France et l’étranger. Œil en permanence dans le viseur, il est à l’affût du bon cadrage. « Nous réalisons des produits à but d’influence relayés par le cyber, principal mode de vectorisation de contenus ». Ici, moins de captations mais davantage de gestion de projets et de postproduction en régie. Un virage qu’il a trouvé frustrant au début.
Dorénavant convaincu de son choix, il tire profit de cette transition, élargit son champ d'action et explore de nouvelles perspectives opérationnelles. Il est formel : « Même si ma fonction requiert une grande créativité, on ne manœuvre pas librement ». Un État de droit ne peut évidemment pas mener d'actes illégaux. Il faut attaquer l’ennemi sur ce qu’il fait.
« 20 heures de TF1 »
Originaire de l’Île de France, Ludwig envisage au départ de rejoindre la Légion étrangère, mais sa mère insiste pour qu’il fasse des études. Il s’exécute et obtient une licence d’arts du spectacle option cinéma, suivi d’un BTS audiovisuel en prise de vues vidéo. Sans imaginer que celui-ci le mènerait vers l’armée, il postule à des postes de cameraman.
Contacté par le Centre d’information et de recrutement de l’armée de Terre, il découvre l’ECPAD. Après des tests concluants, il rejoint les rangs en 2009, à l’âge de vingt-sept ans. Jeune militaire du rang, il enchaîne les missions en France pendant deux ans, avant d’être déployé en opération extérieure : « J’ai dû faire mes preuves », raconte-t-il.
En 2011, pour sa première Opex, il part trois mois en Afghanistan où il documente la réalité du terrain. S’ensuivent le Burkina Faso en 2013 avec les forces spéciales et la Jordanie en 2012, lors d’une ouverture de théâtre à la frontière syrienne. Parmi ses expériences marquantes, une opération classée secret-défense à bord d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins, en présence du président François Hollande. « J’étais le seul cadreur à bord, mes images étaient destinées au 20 H de TF1 », se remémore-t-il. Un premier pas sans le savoir vers la communication d’influence.
« Orienter le regard »
Devenu sous-officier après un passage par l’École de Saint-Maixent, le sergent-chef sait que sa mutation approche. Il vise un poste à l’Otan et souhaite pour cela cocher la case renseignement qui lui fait défaut. Le CIAE, alors rattaché au Commandement du renseignement lui offre cette opportunité en 2018. Ce changement de cadre ne le restreint pas, bien au contraire : il lui ouvre de nouvelles responsabilités.
Désormais, il ne se contente plus de capturer des images, il les façonne pour construire un récit et servir les objectifs stratégiques des armées. « Il ne s’agit plus seulement de documenter, mais d’orienter le regard », précise-t-il. Au CIAE aucune mission ne se ressemble. Chef de détachement de liaison radio au Mali ou encore chargé de l’organisation d’un festival musical en République centrafricaine, chaque opérateur jouit d’une certaine autonomie.
Ludwig l’admet toutefois, retourner dans le domaine de la communication ne le dérangerait pas car les opportunités sont différentes. Avec le recul, son parcours s’inscrit dans une continuité. « Après neuf ans de technique, la conception était une suite logique. L’un ne va pas sans l’autre ». Dans un peu moins de trois ans, son contrat arrivera à terme. Peu importe la direction, une certitude demeure, avec l’ouverture d’esprit acquise au cours de ces années, il saura rebondir.