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Lieutenant-colonel Fiona, plume du Cema

Texte : Capitaine Eugénie Lallement

Publié le : 12/01/2026 - Mis à jour le : 05/02/2026. | Temps de lecture Temps de lecture : 4 minutes

Dans les plus hautes sphères de Balard, à Paris, Fiona écrit sans jamais signer. À 40 ans, ce lieutenant-colonel est la plume du chef d’état-major des armées. Une fonction discrète et exigeante. De ses débuts dans le matériel à ce poste stratégique, son parcours illustre une trajectoire guidée par la rigueur, l’humilité et la passion de servir.

« Je dois être dans l’intimité intellectuelle du chef, autrement dit dans sa tête, pour comprendre ce qu’il veut dire, de quelle manière et le retranscrire sur papier », introduit le lieutenant-colonel Fiona. Depuis l’été 2024, elle occupe le poste de plume du chef d’état-major des armées (Cema). Au quotidien, elle rédige pour le général ses discours, allocutions, articles ou encore ordres du jour. Tout comme le reste de l’équipe qui gravite autour du Cema, son rôle est de lui faire gagner du temps et de l’énergie.

Un poste souhaité et une parenthèse dans sa carrière. Dans son bureau à Balard au 5e étage, Fiona cultive le souvenir de ses anciennes affections. Fille d’un gendarme et d’une fonctionnaire, rien ne la destinait initialement aux armées. Jusqu’à ce cours d’histoire sur la Seconde Guerre mondiale. Fascinée, elle est la seule de sa classe à vibrer. Après avoir découvert son l’existence lors d’un salon de l’étudiant, elle postule in extremis en prépa lettres à Saint-Cyr-l’École. 2 années passionnantes qui la confortent dans son choix : « J’étais à ma place, je me sentais légitime ».

Puis elle enchaîne 3 ans à l’École spéciale militaire, une période dense pendant laquelle elle se prépare pour son arrivée en régiment : « J’ai mis du temps à comprendre l’environnement dans lequel j’évoluais », avoue-t-elle À sa sortie, elle intègre le 3e régiment du matériel où elle enchaîne les missions, du Kosovo à la Centrafrique, en passant par la Nouvelle-Calédonie. « C’était parfois dur, mais je m’étais engagée pour cela. » Auprès des “matochards parachutistes”, auxquels son attachement reste intact, elle découvre des soldats inventifs et passionnés, qui n’ont « jamais renoncé à être des combattants ».

« Se glisser dans la pensée de quelqu’un »

Après 8 années passées en régiment, le lieutenant-colonel Fiona rejoint le cabinet du Cemat à Paris, de 2016 à 2019, à la tête de la cellule activités internationales et prépare en parallèle l’Ecole de guerre. Elle y découvre l’univers de la "plume". Ce travail de l’ombre l’intrigue. « Je voyais ses allers-retours incessants, des documents dans les mains. La perspective de devoir se glisser dans la pensée de quelqu’un, de traduire ce qu’il veut dire, avec ses mots, son style, m'enthousiasmait. »

Pour prétendre à ce poste, l’humilité est une règle. Nulle place pour l’ego. Une plume efficace sait s’effacer. « Ce n’est jamais moi qui parle mais bien le Cema. Si on me reconnaît dans les textes, c’est que j’ai échoué. », affirme-t-elle avec conviction. Chaque texte donne lieu à des échanges en tête-à-tête : 1 à 2 fois par semaine, environ 30 minutes. « Le plus grand défi, c’est d’accepter qu’on soit parfois hors cible. Ce n’est pas ce qu’on pense qui compte. C’est ce que le chef veut dire. »

« Le faire avancer dans sa réflexion »

Fiona assume des journées denses, des soirées qui s’étirent, mais elle assure : « Ce n’est pas une contrainte, c’est passionnant. » Être efficace impose une discipline de fer. « Il faut savoir absorber les nombreux sujets, être autonome mais aussi sociable, parce que l’information ne tombe jamais toute seule. »

Sous son uniforme, elle cultive un goût pour la littérature, un livre par semaine, une curiosité précieuse dans ce métier où l’on apprend « en marchant ». Elle insiste sur le collectif qui l’entoure, l’équipe sur laquelle elle s’appuie au quotidien : les aides de camps et les assistants militaires. Elle revendique aussi un petit « poil à gratter maîtrisé » : savoir, avec respect, "challenger" la pensée du chef. « Mon rôle, c’est aussi de le faire avancer dans sa réflexion en apportant parfois un peu de contradiction. »

Bien servir sans jamais regretter, telle est l’ambition personnelle de cette officier qui souhaiterait par la suite prendre le commandement du 7e RMAT.

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