Janick Marcès, soldat de l'image
Texte : Lise Jugon
Publié le : 03/11/2025 - Mis à jour le : 13/11/2025.
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À Brazzaville en 1997, Janick Marcès, photographe pour l’ECPAD, immortalise des moments intenses de l’opération Pélican II. Alors que les milices s’affrontent, l’évacuation massive des ressortissants repose sur la coordination entre l’armée de Terre et l’armée de l’Air.
Des balles déchirent le ciel de Brazzaville. Un coup d’État vient d’avoir lieu. Les Cobras, milice de l’ancien président Denis Sassou Nguesso ont renversé le chef d’État du Congo. À Paris, ordre est donné à l’armée de Terre de se déployer pour évacuer les ressortissants français et étrangers. À leurs côtés, appareil photo en main, Janick Marcès met en boîte les scènes qui se déroulent sous ses yeux. Depuis l’enfance, Janick rêve d’aviation. Il s’engage dès l’âge de quinze ans dans l’armée de l’Air.
Un jour, il tombe sur un article de la revue Arpix où figure la photo d’un reporter militaire dans le désert du Koweït. Janick ne pense alors plus qu’à couvrir les théâtres d'opérations. Muté au fort d’Ivry, il devient opérateur image pour l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD). De la Bosnie à la Côte d’Ivoire, en passant par l’Afghanistan, la Centrafrique et la libération des otages du voilier Le Ponant, il immortalise des événements forts. Mais c’est l’opération Pélican II, à Brazzaville en juin 1997, qui reste pour lui l’une de ses missions les plus marquantes.
En attendant d'être évacués
Dans la capitale de l’actuel Congo, les balles fusent de tous les côtés tandis que les renforts de l’armée de Terre arrivent par avion. Leur rôle est d’organiser l’exfiltration des ressortissants en ville et d'assurer les rotations aériennes vers les bases du Gabon, du Tchad et de la Côte d'Ivoire. En attendant d’être évacués, les intéressés sont regroupés dans un camp près de l’aéroport. Malgré le périmètre de sécurité, de nombreuses balles perdues créent la panique. Janick remonte une foule de personnes apeurées. Il est alors équipé d’un boîtier amateur emprunté en catastrophe à un Français évacué.
En 2008, des pirates prennent en otage l’équipage du voilier de croisière Le Ponant au large des côtes de la Somalie. Leur libération a lieu une semaine plus tard.
Sous ses yeux, un légionnaire avec son Famas et un mécanicien de l’armée de l’Air évacuent une femme paralysée. Seule avec ses enfants, elle est restée bloquée dans une zone prise sous le feu. « En période de guerre, l’humanité s’incarne à travers ces gestes ! » déclare Janick, la voix tremblante en évoquant ce souvenir. Cet épisode l’a profondément marqué. La souffrance, les cris, les sous-sols de l’hôpital de Brazzaville où règne l’odeur de la mort, persistante, lui restent en tête longtemps après être rentré en France.
Pont aérien
Afin d’évacuer le plus de monde possible, tous les avions militaires français sur place sont mobilisés. Le pont aérien dure dix jours. Plus de 3 500 personnes de toutes nationalités sont ainsi acheminées vers la piste en un temps record. Par la rampe arrière, dans le vacarme des moteurs tournants les civils montent, subissant la chaleur des turbines et l’odeur âcre du kérosène. La plupart des évacués sont terrorisés. Pour les embarquer le plus vite possible et limiter le temps d’exposition aux tirs, ils doivent s’asseoir à même la soute.
Chaque fin de journée, Janick observe les balles traçantes au-dessus des derniers avions. « Après un premier essai infructueux, je me suis replacé un autre soir en bord de piste en espérant pouvoir immortaliser cette scène. C’est alors que sont apparues des traînées en diagonale au-dessus d’un Transall amenant des renforts ! » Cette photo deviendra une des images emblématiques de son sujet récompensé ʺMeilleur reportageʺ du prix Marc Flament.
Aujourd’hui, Janick a raccroché l’uniforme. Mais il parle toujours avec émotion de ses missions. « Je remercie les Terriens, j’ai toujours admiré leur esprit de cohésion. » L’opération Pélican II fut, quant à elle, une belle réussite interarmées : la collaboration entre Terre et Air s’y est révélée exemplaire.