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Guillaume Herbaut, photographe de jeunes porte-drapeaux

Texte : Adjudant-chef Anthony Thomas-Trophime

Publié le : 12/01/2026 - Mis à jour le : 05/02/2026. | Temps de lecture Temps de lecture : 4 minutes

Coiffés d’une casquette ou d’un calot, issus des cités ou des village, filles ou garçons, ces adolescents bousculent les codes du porte-drapeau traditionnel. Pourtant, ils s’affirment comme les héritiers d’une mémoire et les acteurs d’une citoyenneté vivante. À travers l’objectif du photographe Guillaume Herbaut, leur visage et leur posture donnent une nouvelle image de cette fonction symbolique.

Saisis sur le toit d’un immeuble de Bobigny en Seine Saint-Denis, loin des lieux de mémoire, le portrait de Diallo, dégage une solennité empreinte de douceur. Veste de costume, chemise blanche, calot sur la tête… Les yeux clos, l’adolescent de 15 ans paraît serein, comme réconforté, drapé dans l’étoffe tricolore. L'œuvre bouscule les représentations du porte-drapeau traditionnel.

Saisis par Guillaume Herbaut, photographe de l’agence Vu, l’image s’inscrit dans une série d’une vingtaine d'autres portraits. Fidèle au travail au long cours, l’homme de 54 ans a consacré la majeure partie de sa carrière à couvrir les actualités en Ukraine. D'abord à Tchernobyl en 2001, puis lors des révolutions orange de 2004 et de Maïdan en 2014 et enfin la guerre, de l’annexion de la Crimée par la Russie jusqu’à aujourd’hui.

Alors qu’il suit une "résidence photographique" en 2014 à Tergnier (Aisne), il remarque la présence d’un jeune porte-drapeau lors de la commémoration du 11 Novembre. « C’était surprenant de voir ce gamin parmi les anciens combattants. Pour moi, cela faisait écho à ceux qui luttaient pour leur liberté et leur indépendance dans les tranchées du Donbass en Ukraine. J’ai gardé cette idée de sujet dans un coin de ma tête », explique-t-il.

Une reconnaissance

En 2020, suite à la pandémie, il reprend son activité et couvre les manifestations et les actualités politiques à l'Assemblée nationale, au Sénat ou encore à l’Elysée, la sortie du conseil des ministres. En éditant son travail, il réalise qu’il a photographié la Ve République au travers de différents symboles. Pour aller plus loin, en 2022, il contacte l’Office national des combattants et des victimes de guerre pour travailler autour des jeunes porte-drapeaux. « Je voulais faire des portraits proches des cartes postales des années 14-18. Pour cette série, j’ai ajouté une lumière supplémentaire pour les sublimer. »

De la plage à la montagne, des cités aux campagnes… Parti à leur rencontre partout en France, il en retient la diversité de leur milieu d'appartenance, tout comme les motivations de leur engagement. Certains y voient une manière de remercier la France, d'autres le perçoivent comme un symbole de réussite et d'intégration. Djibril, issu d’un milieu modeste à Bobigny, a surmonté des difficultés d'apprentissage. Pour lui, porter le drapeau est un acte militant et une reconnaissance de sa place dans la société française.

Parfois le passé se conjugue avec le présent comme Tamara, 15 ans, aujourd’hui lycéenne en classe de seconde option mode. D’origine franco-algérienne, elle a intégré l'école des jeunes porte-drapeaux de Marseille durant une année. Son engagement a suscité la fierté de sa famille même si cette dernière garde en elle les traces indélébiles de la guerre d’Algérie. Guillaume Herbaut est particulièrement touché par le message transmis par cette génération. « Loin des appropriations politiques ou mémorielles, ils nous démontrent que le drapeau appartient à tous. »

Souvenir du sang versé

Jean, basket, casquettes ou encore les mains dans les poches. Pour le photographe, ils reflètent leur époque. « Qu’importe leur tenue, tous ont conscience du caractère sacré du drapeau. » Pour aller plus loin, il a effectué cette année, une "résidence photographique" au musée de l’Armée qui possède une collection d'environ 5 000 emblèmes.

En échangeant avec les conservateurs et des historiens, il a développé une réflexion autour de ce symbole incarnant l’idée de nation et de communauté. Des cendres d’un drapeau conservé dans une boîte, aux étendards marqués par les combats, il a photographié les reliques chargées d'histoires de résistance, de lutte, d’espoir et du souvenir du sang versé.

L’ensemble de son travail autour de cet objet entremêle la mémoire à la citoyenneté. En reprenant le flambeau des mains des anciens, les jeunes porte-drapeaux relient le passé à l’avenir. Une relève prometteuse et porteuse d'espoir. 

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