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Caporal-chef Dorian conducteur locotracteur au 19e régiment du génie

Texte : Capitaine Julie Travers

Publié le : 05/08/2026. | Temps de lecture Temps de lecture : 5 minutes

Conducteur locotracteur au 19 e régiment du génie, le caporal-chef Dorian fait partie de la section spécialisée en transport ferroviaire, basée à Mourmelon. Depuis huit ans, il achemine du matériel stratégique pour les unités engagées en opération extérieure et sur le territoire national, tout en formant de nouveaux candidats à la conduite de trains.

Quelque part dans le Grand-Est, un groupe de militaires patiente sur un quai. Gilets de sécurité sur le dos, ils sont visibles de loin. La météo reste fidèle à la réputation du lieu. « Tagadam, clac-clac ». Dans un brouhaha de sifflements et de grincements, le caporal-chef Dorian instruit une dizaine de soldats sur l’installation terminale embranchée (ITE) de Mourmelon. Dans le jargon, une ITE désigne une zone ferroviaire militaire dédiée au transport stratégique. Il en existe trente-quatre en France. Dorian est un passionné. « Depuis toujours, je suis attiré par les machines, les pelles et les camions. » Muté en compagnie ʺspécialiséeʺ du régiment, il a l’opportunité de se former dans la voie ferrée, dès le début. Une révélation. « J’adore mon métier », confie-t-il. Le poste exige d’être polyvalent : accrocher les wagons, concevoir les manœuvres et déplacer les rames. Au sein des Armées, ils sont six militaires à détenir des qualifications SNCF. Tous sont issus du 19 e régiment du génie (19e RG) et sont tenus de former, à leur tour, les futurs conducteurs. La formation comporte trois phases éliminatoires. Les échecs sont nombreux car la qualification est exigeante. Les sapeurs s’exercent successivement sur les trois locomotives en dotation. Ceux qui échouent au terme des cinq semaines bénéficient d’une seconde chance. « Les petites erreurs ne pardonnent pas avec un train », ajoute Dorian. Deux halos lumineux avancent sur les rails. Ce jour-là, Dorian initie les recrues au locotracteur hybride ʺrail-routeʺ. Les mains gelées et les joues rougies par le froid, les militaires attendent impatiemment leur tour pour passer à l’action. À chaque étape, de nouvelles difficultés apparaissent. « Ils ne détiennent pas encore la logique complexe et sécuritaire du métier », souligne-t-il.

« Une capacité d’emport très intéressante »

Les candidats qualifiés seront ensuite rattachés à un conducteur expérimenté pendant un an. « Le train offre une rapidité d’action et une capacité d’emport très intéressante pour les unités projetées. » Les demandes d’intervention explosent : « Quatre-vingt-cinq en 2025, contre trente en 2022. » Véhicules militaires, denrées alimentaires, munitions, pièces de maintenance: tout ce qui est transportable trouve sa place dans un wagon. Les étapes d’une mission de transport respectent un déroulé précis. « Qui peut me les citer ? », interroge Dorian. «Planification. Préparation des quais et des wagons. Chargement. Conduite », répond l’un des soldats sans hésiter. Les opérations sont réalisées en binôme, trinôme et rarement en groupe. «La plupart du temps, je suis en liaison radio avec un chef de manœuvre à l’arrière et un accrocheur », indique-t-il. La position des wagons est imposée par un spécialiste en embarquement voie ferrée (SEVF), présent dans chaque régiment. « Lui ne peut que charger. C’est là que nous intervenons. On arrive avec notre locotracteur et nos savoir-faire en voie ferrée afin d’effectuer les différents mouvements de wagons. »

 Les dangers sont bien réels : risque de tamponnement ou d’écrasement des membres lors des phases d’attelage. Une liaison défaillante impose un arrêt d’urgence. « Il faut être consciencieux, avoir l’œil partout, surveiller la vitesse et rester prudent. » Les difficultés ne le découragent pas, au contraire. « Les missions complexes sont les plus exaltantes. » Il demeure attaché à la région même si « le climat du Sud, est plus agréable ! » plaisante-il. La zone ferroviaire de Mourmelon est unique : « On reçoit énormément de trains et on fait tout type de chargement et de déchargement ». Dorian compte conduire des trains « un bon moment encore ». La nuit tombe, il est l’heure de couper le moteur.

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