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Capitaine Julien, pilote hélicoptère Tigre

Texte : Adjudant-chef Anthony Thomas-Trophime

Publié le : 05/05/2026 - Mis à jour le : 06/05/2026. | Temps de lecture Temps de lecture : 5 minutes

Rencontré sur l’exercice Chergui au Maroc, le capitaine Julien, instructeur Tigre au 5e régiment d'hélicoptères, a formé les jeunes pilotes à évoluer dans le désert. Passionné de tennis et de vitesse depuis son enfance, il a finalement choisi la voie des airs. Retour sur une carrière lancée à 200 à l’heure, au rythme des rotors.

Joueur de tennis professionnel, pilote de bobsleigh ou de rallye, le capitaine Julien a envisagé bien des trajectoires, toutes animées par la recherche de sensations fortes. « J’ai toujours été attiré par les sports extrêmes mêlant la mécanique et la vitesse », confie l’officier de 41 ans. En mission dans le cadre de l’exercice Chergui au Maroc, il revient sur les raisons de son engagement.

Malgré un avenir prometteur dans le tennis, il aspire à une carrière dans le sport automobile et s’inscrit à une opération de détection de talent de jeunes pilotes. « Au final, je n’ai pas osé y aller. » Sa rencontre avec le père de l’un de ses  camarades d’enfance, alors chef de corps du GAMSTAT de Valence, marque un tournant décisif. 

 Son destin prend une nouvelle direction : ce sera l’aventure militaire avec l’objectif de devenir pilote d’hélicoptère. « L’ occasion de réaliser mon rêve dans un métier où les jours ne se ressemblent pas. » Les recruteurs le préviennent : beaucoup échouent aux tests de sélection. Visite médicale, épreuves physiques et psychotechniques, entretien psychologique : déterminé, le jeune Julien franchit avec succès chacune des étapes. En 2005, après huit mois à Saint-Maixent, il rejoint l’école de pilotage de Dax.

Breveté en 2007, il devient pilote Gazelle canon et est affecté au 3e régiment d’hélicoptères de combat d'Etain. Un an plus tard, il connaît sa première Opex en Côte d’Ivoire. Là-bas, il subit un crash. Malgré ses blessures, sa vocation reste intacte, tout comme le soutien de sa famille. « Je ne me souviens de rien. Une chance car je n’ai jusqu’à présent eu aucune appréhension à voler. »

La réalité du combat

En 2012, il prend les commandes d’un hélicoptère de reconnaissance et d’attaque Tigre. « C’est comme passer d’une Formule 3 à une Formule 1 », résume-t-il. Le cockpit regorge d'informations : caméras thermiques, armement, radios, paramètres moteurs, etc. Une somme à assimiler qui surprend les jeunes pilotes lors des premiers vols. Au contact des plus aguerris qui ont connu les opérations en Afghanistan, le capitaine Julien veut lui aussi vivre son baptême du feu pour atteindre leur niveau.

Projeté à plusieurs reprises au Mali entre 2013 et 2023, dans le cadre des opérations Serval puis Barkhane, il y découvre la réalité du combat avec les vols de nuit repères visuels, les menaces diffuses et permanentes, ainsi que la responsabilité envers les troupes appuyées au sol. « Une mission réussie est celle où tout le monde rentre vivant. En l’air, on est dans une bulle.

Une erreur et tout peut basculer. » Son souvenir le plus marquant reste une action de feu décisive menée en appui de commandos. À l’issue de l’opération, chacun d’eux est venu le remercier  pour l’efficacité de son appui. « Ce jour-là, j’ai compris pourquoi je m’étais engagé. » L’évolution de sa carrière le conduit à quitter les commandes pour s’installer à l’arrière du cockpit, à la place du commandant de bord, où la charge cognitive s’intensifie. Il y apprend à surveiller simultanément l’environnement tactique et la conduite du vol assurée par le  pilote placé à l’avant. Une gymnastique où la vigilance ne doit jamais faillir.

Accompagner, corriger, encourager

Aujourd’hui instructeur opérationnel, il préfère transmettre son expérience vécue en unité plutôt qu’à l’école. Il compare son rôle à celui d’un entraîneur de tennis : accompagner, corriger, encourager. Il inculque la culture de la sécurité et la conscience des risques. C’est aussi là qu’il enseigne ce qu’aucun manuel ne peut enseigner  : les qualités qui font un bon pilote.

« L’humilité est essentielle. Les têtes brûlées n’ont pas leur place. » Il insiste sur l’équilibre personnel, la capacité à laisser ses soucis au sol pour se consacrer totalement à la mission, mais aussi sur l’honnêteté entre équipiers où les échanges doivent être francs, directs et dénués de tout ego. La remise en question fait partie du métier autant que le pilotage. 

Dans le désert marocain il apprend aux jeunes pilotes le ʺposer poussièreʺ, autrement dit un atterrissage dans un nuage de sable. Une manœuvre complexe. De jour, les repères visuels facilitent la navigation ; de nuit, ils s’effacent. Le moniteur explique qu’il faut garder son calme, faire confiance à ses instruments et à son ressenti.

Il enseigne à remettre les gaz plutôt que prendre un risque. « Il n’y a aucune honte à ne pas se poser si on ne voit rien. » Les nouvelles générations se présentent fréquemment avec un haut niveau de qualification et une aisance dans l’usage des technologies. Une richesse, selon lui, tant que subsiste l’essentiel : « On est pilote, oui, mais militaire avant tout. »

Après 18 ans passés au rythme des rotors, il observe les mutations du combat aéroterrestre, caractérisé par la montée en puissance des drones, la profondeur accrue du champ de bataille et la saturation croissante des cockpits en données. Autant de défis pour les équipages. Mais une certitude demeure : derrière chaque machine, il faudra toujours des pilotes capables d’humilité, d’écoute et de sang-froid. Les qualités qu’il s’efforce de transmettre à la volée.

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