Partager l'article

Les Alpins, acteurs des JO d’hiver

Texte : Colonel (er) Jean-Luc Theus

Publié le : 12/01/2026. | Temps de lecture Temps de lecture : 4 minutes

Depuis la première olympiade de Chamonix, les Alpins sont au cœur de la contribution de l'armée de Terre aux Jeux olympiques d'hiver en France. À Grenoble comme à Albertville, ces professionnels de la montagne ont été, chez eux, à la hauteur des enjeux et de leur réputation.

Chamonix, le 24 janvier 1924. Entouré des porte-drapeaux de 17 nations, l’adjudant Camille Mandrillon, Jurassien du 159e RIA de Briançon, prête le premier serment olympique d’hiver, bannière en main. Quelques instants plus tôt, la fanfare du 6e bataillon de chasseurs alpins (BCA) a ouvert le défilé des athlètes.

Gaston Vidal, secrétaire d’État, chasseur alpin de la Grande Guerre, neuf fois cité, déclare alors ouverts « les Sports d'hiver de Chamonix, donnés à l'occasion de la VIIIe olympiade. Initialement adossée aux JO de Paris, cette semaine chamoniarde est requalifiée en Première Olympiade d'hiver par le CIO en 1925. Du 25 janvier au 5 février, 258 athlètes s’affrontent dans 16 épreuves pour 6 sports. 

La patrouille militaire du 159e régiment d’infanterie alpine, menée par l’adjudant Mandrillon, décroche la première médaille olympique d’hiver française. Moins performants au tir que les Suisses et les Finlandais, ils terminent le parcours de 30 km (pour 750 m de dénivelé positif) en 4 h 18 min 53 secondes et se parent de bronze.

Le saviez-vous ?

En 2030, après Milan-Cortina, les JO d'hiver reviendront en France. Les armées, et en particulier les soldats de montagne, se préparent déjà à relever le défi. À l’instar de leurs aînés, ils nourrissent l’espoir d’avoir un jour l’honneur d’inscrire leur nom dans les plis de ce drapeau olympique pour lequel ils ont tant donné.

La logistique olympique

Quarante-trois ans plus tard, du 6 au 18 février 1968, les Xe Olympiades d’hiver constituent un défi majeur. Pour le général de Gaulle, leur succès est une question de prestige national. Les armées, dont la 27e brigade alpine ʺla brigade Nordʺ, jouent un rôle clé. Elles assurent la logistique et le service sanitaire olympique, fournissant 400 000 journées de travail, dont 40 % par les Alpins.

 Dans le Vercors, ces derniers tracent 87 km de pistes de fond et enneigent les tremplins d’Autrans et Saint-Nizier. À l’Alpe-d’Huez et Villard-de-Lans, ils assemblent les pistes de bobsleigh et de luge avec des pains de glace. Les transmetteurs alpins enfouissent quant à eux 120 km de câbles pour le chronométrage. À Chamrousse, malgré les chutes de neige, ils sont encore à l’œuvre pour damer les pistes les plus raides. 

Dans cette localité où se déroulent les épreuves de ski alpin, les skieurs français se parent de gloire. Sous la houlette d’Honoré Bonnet, intransigeant et visionnaire directeur technique du ski alpin, résistant et ancien éclaireur-skieur du 11e BCA en 1944-1945, ils se hissent au plus haut niveau mondial en remportant 8 médailles sur 18, dont 4 d’or. En 1966, aux championnats du monde de Portillo au Chili, les skieurs et skieuses alpins d’Honoré Bonnet avaient déjà remporté 7 titres sur 8 et 16 médailles sur 24.

Dédié au biathlon

Lors des Jeux olympiques de 1992 en Maurienne, si certaines missions sont progressivement confiées aux agences étatiques et aux acteurs privés, les Alpins demeurent un appui essentiel et irremplaçable. Pour sa cérémonie d’ouverture hors-normes du 8 février, le chorégraphe Philippe Découflé mobilise 150 militaires comme figurants. 

Le site des Saisies, dédié au biathlon, est conçu et dirigé par le capitaine Jouanneau du 7e BCA, arbitre international. Aux côtés d’Anne Briand et de Corinne Niogret, le caporal-chef Véronique Claudel, décroche une médaille d’or, une première pour le biathlon français. Sur les crêtes, la sécurité est assurée par les éclaireurs des sections de renseignement, précurseurs des commandos montagne, et les transmetteurs de montagne mis en place sur les points hauts par l’Aviation légère de l’armée de Terre

Lors de cette mission, on déplore la disparition dans une avalanche du sergent-chef Hubert Marsy, du 13e BCA. Ces JO permettent aussi d’adapter l’équipement de ʺla 27ʺ : les véhicules chenillés BV 206 entrent en service et un paquetage ʺgrand froidʺ moderne est distribué aux alpins puis utilisé l’hiver suivant par nos casques bleus en ex-Yougoslavie. 
 

À lire aussi

À l’été 2024, la France a remodelé son partenariat avec les États africains. Qu'en est-il un an après ?

Zoom sur

La Rédaction a testé pour vous la Hard Routine, une méthode de bivouac extrême dans la jungle guyanaise avec le 9e RiMa.

Tim vous explique