La campagne de Chine de 1900
Texte : Chef d'escadron Bertrand Garandeau
Publié le : 12/03/2026.
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En 1900, face à l’expansion économique des puissances occidentales en Chine, une violente révolte éclate, ciblant d’abord les Chinois chrétiens, puis les missions religieuses et enfin l’ensemble des intérêts occidentaux et japonais. En réponse, une coalition internationale se forme pour mater la secte des ʺBoxersʺ, mouvement xénophobe opposé aux réformes et au pouvoir féodal de la dynastie mandchoue des Qing. L’échelon d’urgence d’un corps expéditionnaire français est alors engagé en juillet 1900. C’est le début de la méconnue campagne de Chine.
Depuis 1899 et pour protéger son pouvoir, l'impératrice Tseu-Hi a insidieusement laissé dégénérer un soulèvement nationaliste dans la province du Pe-Tchi-Li. Au pic de la crise en juin 1900, deux diplomates sont assassinés et 3000 Occidentaux sont assiégés par les insurgés dans le quartier des légations de Pékin, auxquels se mêlent des troupes régulières chinoises avec l’assentiment officiel de l’opportuniste dirigeante.
Une colonne multinationale de 2 064 marins, dont 214 Français, échoue à les secourir. Enhardis, les Boxers s'emparent alors de la ville de Tien-Tsin puis des forts de la côte, qui sont repris in extremis par une intervention navale. Face à la gravité de la situation, une opération conjointe est lancée par diverses puissances étrangères. En face, les Boxers, combattants violents à l'action désordonnée, forment une secte fanatisée de 100 000 hommes initialement armés d’armes blanches traditionnelles et d’armes à feu datées.
Le ralliement d’unités régulières impériales leur offre au fur et à mesure des équipements plus modernes ainsi qu’un large stock de munitions de l’armée chinoise.
La reprise de Tien-Tsin
Sous les ordres du colonel de Pélacot (9ᵉ RIMa), la France projette fin juin deux bataillons d'infanterie de marine et deux batteries de 80 de montagne (8 pièces) issues du 9ᵉ RIMa (Hanoï), du 11ᵉ RIMa (Saïgon) ainsi que du régiment d'artillerie de marine d'Indochine.
Le théâtre d'opérations est très éprouvant et le soutien limité (l’appui des alliés Russes et Japonais, disposant de moyens mieux dimensionnés, sera parfois sollicité). L'aguerrissement acquis en Indochine prédispose cependant le détachement aux contextes les plus difficiles. Enfin, la coopération entre coalisés s'annonce fluctuante et les divergences de mandats compromettent toute action concertée.
Le 12 juillet, une offensive mobilisant 7 000 hommes est lancée contre la ville qui verrouille la route vers Pékin. Tandis que deux compagnies françaises font diversion, une colonne russe, appuyée par une batterie française, déborde la ville par l'Est : une salve heureuse atteint une soute dont les explosions déstabilisent la défense, qui cède dans la journée.
Simultanément, une colonne franco-japonaise, soutenue par les Anglo-Américains, neutralise un bastion puis s'infiltre jusqu'aux remparts de la cité. Dans la nuit, des sapeurs japonais ouvrent une brèche, libérant ainsi le passage à l'enceinte fortifiée. À l'aube du 14 juillet 1900, les alliés contrôlent Tien-Tsin, non sans pertes sensibles (24 tués et 95 blessés français).
À l'assaut de la Cité interdite
Renforcé d'un bataillon supplémentaire et d'une batterie de 80 de campagne, le détachement français passe sous les ordres du général Frey, commandant la brigade de Cochinchine. Le 9 août, après une phase de consolidation logistique, les alliés se lancent séparément vers la capitale, distante de 150 km. Ils ne rencontrent pas d’opposition majeure. Aux abords de Pékin, les initiatives isolées se précipitent pour s'accaparer les feux de la rampe. Le général Frey décide alors de lancer un raid sans tarder. Dans la nuit du 14 août, les marsouins s'infiltrent jusqu'au quartier des légations, mettant un terme au calvaire des assiégés. À l'aube du 16 août, un fort groupement sous commandement français s'attaque aux factions résiduelles retranchées au cœur de la Cité interdite et libère le Pe-Tang, quartier de la cathédrale où sont reclus des milliers de catholiques chinois. Plus de 800 rebelles sont tués, 4 soldats français tombent pendant l'assaut.
Pékin sous contrôle, Occidentaux et Japonais s’attellent à rétablir l'ordre dans la province, animé d’un esprit punitif plus ou moins maîtrisé selon les nations. Enfin, le 1ᵉʳ février 1901, les Boxers sont dissous et l'impératrice ordonne à ses troupes de les massacrer. Le détachement français est peu à peu élargi au format d'une division, avec l'arrivée de renforts de la métropole, jusqu'au désengagement en septembre 1901. L'impératrice Tseu-Hi revient d'exil en janvier 1902, la Chine devant s'acquitter d'une forte indemnité de guerre et veiller désormais au respect des intérêts étrangers.
Réussite militaire incontestable, la campagne de Chine de 1900 a démontré la capacité de la France à s’imposer en nation-cadre d’une coalition de circonstance et à rapidement organiser une force expéditionnaire capable de combattre loin de ses bases. Sur le plan géopolitique, la campagne de Chine scelle durablement la domination occidentale qui aboutit entre autres à l’effondrement de la dynastie Qing en 1911. Elle s’inscrit surtout dans le "siècle d’humiliation" dont les traumatismes ajoutés aux guerres de l’opium et au sac du palais d’Eté, restent profondément ancrés dans la mémoire politique chinoise et structurent encore les relations entre la Chine et l’Occident.