400 ans de la Marine nationale
Texte : Contre-amiral (2S) François Guichard
Publié le : 31/07/2026.
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En 2026, la Marine nationale célèbre ses 400 ans. Un anniversaire qui invite à relire quatre siècles d’histoire commune avec l’armée de Terre, faits d’opérations combinées, de combats côte à côte et marqués par une même culture de l’engagement.
400 ans au service de la France. L’événement ne pouvait rester inaperçu. En métropole, outre-mer et parfois au-delà de nos frontières, cette commémoration rappelle l’histoire de la Marine nationale et souligne ce qu’elle est devenue : une force présente sur toutes les mers du monde, innovante, nucléaire, riche de ses marins et forte de ses partenariats.
Cette célébration associe également ceux qui partagent avec la Marine une longue histoire. Parmi eux, l’armée de Terre occupe une place singulière. Depuis quatre siècles, les deux armées se croisent, se complètent et combattent ensemble. Si la Marine voit traditionnellement sa naissance en 1626, sous Louis XIII, avec la création de la charge de ʺgrand maître, chef et surintendant général de la navigation et du commerce de Franceʺ, qui échoit au cardinal de Richelieu, l’armée de Terre plonge ses racines plus loin encore.
Elle peut se rattacher à la création des compagnies d’ordonnance par Charles VII, en 1445, première étape vers une armée permanente. C’est avec Richelieu que les deux trajectoires se rejoignent véritablement. Père de la Marine, il contribue aussi à stabiliser les débuts de l’armée du roi, avant que Louvois n’en accélère la professionnalisation durant le règne de Louis XIV.
1622, premier acte fondateur
Dès 1622, les Compagnies ordinaires de la Mer forment les garnisons embarquées des vaisseaux du roi. Quatre ans plus tard, elles prennent le nom de ʺrégiment de la Marineʺ. Ce lien organique illustre déjà une réalité durable : les opérations navales ont besoin de combattants terrestres et les forces terrestres peuvent dépendre de la mer pour être transportées, soutenues ou engagées.
Cette coopération prend tout son sens en 1637, lors de la bataille des îles de Lérins. Sous les ordres d’Henri de Sourdis, forces navales et troupes terrestres reprennent l’île Sainte-Marguerite aux Espagnols, pendant la guerre de Trente Ans. L’opération mobilise près de 70 navires et une importante flotte de transport pour débarquer près de cinq mille hommes.
Elle demeure l’une des premières grandes opérations combinées françaises, préfigurant les opérations amphibies modernes. Ce savoir-faire traversera les siècles. On le retrouve en Crimée, lors de l’opération d’Eupatoria, puis en août 1944 lors du débarquement de Provence, où la mer ouvre la voie à la libération du territoire. Dans ces moments décisifs, la Marine permet l’accès, la manœuvre et le soutien ; l’armée de Terre conquiert, tient et exploite le terrain. Ensemble, elles transforment une projection en victoire durable.
Ensemble au combat
Mais l’histoire commune ne se limite pas aux débarquements. Lorsque les équipages manquent, des soldats embarqués renforcent parfois les navires, comme lors de la campagne des Indes menée par Suffren. À l’inverse, les marins combattent régulièrement à terre. En 1803, pendant l’expédition de Saint-Domingue, 8 000 marins débarqués pour remplacer des soldats décimés par la maladie meurent à leur tour sur l’île.
En 1870, lors du siège de Paris, près de 14 000 marins arment les forts de la capitale, tandis que d’autres rejoignent les armées de province. Le XXe siècle prolonge cet engagement croisé. En 1914, les fusiliers marins se distinguent à Dixmude. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le régiment blindé de fusiliers marins combat au sein de la 2e DB de Leclerc.
De Diên Biên Phu, en 1953, à l’opération Harmattan, en 2011, soldats et marins servent côte à côte, dans des engagements où la complémentarité des milieux devient un facteur de supériorité. L’interarmées ne relève donc pas d’une construction récente : il s’inscrit dans une expérience forgée au fil des campagnes. Les opérations répondent à cette même logique, avec des moyens renouvelés : bâtiments de projection, unités embarquées, appuis feux, renseignement, logistique et commandement intégré.
400 ans après Richelieu, l’histoire de la Marine nationale est donc aussi celle d’une fraternité d’armes avec l’armée de Terre. Une histoire faite de ponts, de plages, de ports, de forts et de champs de bataille. Une histoire qui rappelle que, pour vaincre, la France a souvent su unir la puissance venue de la mer à celle qui s’exerce sur la terre.