La division : échelon de décision
Le retour du combat de haute intensité sur le continent européen transforme en profondeur les conditions d’engagement des forces terrestres. Face à un adversaire capable d’agir simultanément dans la profondeur, de saturer les espaces et d’imposer un rythme soutenu, la manœuvre doit retrouver cohérence, continuité et capacité à s’inscriredans la durée. Dans cet environnement marqué par la contraction de l’espace, l’accélération du temps et l’intensification des flux, la division s’impose comme un échelon structurant. Elle conçoit et conduit une manœuvre d’ensemble, produit des effets simultanés sur l’ensemble du champ de bataille, tout en assurant la continuité entre acquisition, décision et engagement. Dans un cadre national ou interallié, elle incarne la capacité à intégrer l’ensemble des fonctions opérationnelles et à transformer la convergence des moyens en un avantage tactique durable. Plus qu’un simple niveau de commandement, la division constitue un véritable système de combat.
La division, l'échelon décisif du combat terrestre
Les conflits actuels réaffirment la nécessité de disposer d’échelons de manœuvre intégrateurs, capables d’agir dans un environnement non permissif. La transparence duchamp de bataille, la généralisation des drones, capteurs et effecteurs, la puissance des feux et leur portée nivèlent en effet les rapports de force et imposent une prise de décision rapide et efficiente.
Dans ce contexte, la division est un échelon tactique central pour la planification et la conduite en combat de haute intensité. Elle favorise la cohérence de la manœuvre, en articulant des effets simultanés dans la profondeur, au contact et dans la zone arrière. La supériorité tactique procède de la synchronisation d’actions dans le temps, dans l’espace, entre les milieux et à travers l’ensemble des champs de confrontation : terrestre, aérien, électromagnétique, cyber, informationnel ou exo-atmosphérique.
La division organise cette convergence dans une approche multidomaine. Avant d’engager ses brigades au contact, elle crée les conditions de leur succès. En affaiblissant l’adversaire, en désorganisant ses systèmes et en maîtrisant les flux, elle met l’ennemi à leur portée. À la valeur du combattant s’ajoute alors la robustesse des processus : boucle renseignement-feux maîtrisée, continuité du commandement, puissance logistique inscrite dans une logique de masse et de durée. C’est la capacité à produire, soutenir et répéter l’effort qui permet d’imposer le rythme et de conserver l’initiative. Inscrite dans un cadre multinational, la division interagit en permanence avec ses alliés et est en mesure d’intégrer sous son commandement des unités étrangères. Elle constitue ainsi un échelon d’équilibre entre souveraineté nationale et interopérabilité alliée, au cœur de la crédibilité opérationnelle des forces terrestres. Intégrant puissance et innovation, la division incarne le combat terrestre de haute intensité. Elle est l’outil qui permet de transformer des capacités multiples en avantages décisifs, dans un environnement où la maîtrise de la complexité conditionne la victoire.
Le système de combat divisionnaire
Le système de combat divisionnaire illustre la capacité de la division française à organiser le combat de haute intensité dans toutes ses dimensions. De la zone arrière à la profondeur ennemie, la division synchronise les appuis, le renseignement, la logistique, les feux et la manœuvre des brigades afin de dominer le champ de bataille et produire des effets décisifs.
Combattre ensemble
L’engagement en coalition constitue aujourd’hui le cadre de référence du combat de haute intensité. Véritable intégrateur de forces et de moyens alliés, l’échelon divisionnaire s’emploie à faire converger les systèmes et les procédures, fluidifier les échanges d’information, donner de la cohérence et assurer la continuité de la manœuvre. L’interopérabilité constitue alors un facteur déterminant de l’efficacité opérationnelle. Elle repose sur trois dimensions complémentaires : technique, procédurale et humaine.
le 53 e RT : relie les unités
Depuis 2025, le 53 e régiment de transmissions (53 e RT) arme aux côtés de la 1 re compagnie de transmissions divisionnaire du bataillon de commandement et de quartier général de la division, le groupement de transmissions (GTRS) de la 1 re DIV. Dès lors, il génère lors de chaque exercice conduit par la division les systèmes d’information et de communication (SIC) ainsi que les moyens d’appui au commandement, de soutien de vie et protection, nécessaires au fonctionnement des postes de commandement divisionnaires.
Le 53 e RT met en œuvre l’ensemble des capacités nécessaires pour garantir la liaison avec les unités subordonnées et le corps d’armée, tout en sécurisant les flux d’information indispensables à la manœuvre interarmées et interalliées. Le savoir-faire SIC qu’il détient permet ainsi à la division de partager en temps réel la situation tactique avec l’ensemble des acteurs engagés.
Le système de postes de commandement constitue un outil complexe, dont la plasticité conditionne le succès de la manœuvre. Cette souplesse repose sur la capacité à commander tout en se déplaçant au rythme des opérations. À plusieurs reprises, le 53 e RT a ainsi assuré les bascules entre les différents postes de commandement, principal et avancé, contribuant directement à la performance de la division en matière de « command and control ».
Des procédures communes
Une compréhension commune des processus de décision, des modalités de reporting et des mécanismes de commandement constitue une nécessité dès les premières phases de planification d’une manœuvre. L’exercice Warfighter 25, auquel a notamment pris part la Brigade Motorisée belge, l’a démontré avec force. Si les processus de planification propres à chaque nation présentaient certaines différences, celles-ci n’ont pas constitué un obstacle en pratique.
La présence d’officiers de liaison belges au centre opérationnel tactique de la division, a permis de lever les divergences de terminologie et de procédures, assurant ainsi une compréhension commune de la manœuvre. La véritable interopérabilité va bien au-delà de la technologie, elle naît lorsque deux partenaires harmonisent leurs procédures et deviennent ainsi plus forts ensemble dans une opération complexe et multinationale, c’est l’objectif de l’intégration systématique d’unités belges aux exercices de la 1 ère Division.
Une relation solide
En tant que général adjoint des opérations au sein de la 1 re Division française, le général de brigade Campbell Close appartient à un réseau de 65 militaires britanniques affectés en France. Ce poste, créé à l’issue du sommet d’Amiens de 2016 , repose sur un principe de réciprocité : l’adjoint de la 1 st Division est un général français. Il sert exclusivement la France durant sa mission, de la même manière que son homologue français, basé à York, sert le Royaume-Uni. Cet échange illustre la solidité de la confiance entre nos deux pays. Comme le souligne la Revue stratégique de défense du Royaume-Uni : « La relation dedéfense du Royaume-Uni avec la France est fondamentale pour sa sécurité… il n'y a aucune situation dans laquelle une menace pour un intérêt vital de l'un n'est pas une menace pour les deux ».
Au-delà du signal stratégique, le poste repose sur l’interopérabilité humaine. Travaillant uniquement en français, l’officier britannique mesure la difficulté d’une seconde langue : « Faciliter la compréhension et éviter les malentendus est essentiel. J’apporte aussi un regard différent. Les défis sont similaires, mais les solutions, parfois distinctes. Partager ces approches est bénéfique, même si le multinational reste exigeant. »
Intégrer les effets
La conduite de la bataille à l’échelle divisionnaire repose sur une intégration étroite des effets sur l’ensemble de la zone d’opération. L’idée n’est pas simplement “d’aligner des moyens”mais de les combiner pour obtenir au moment opportun, au bon endroit et avec la bonne intensité, l’effet recherché.
L’action de la division repose ainsi sur un tryptique. Dans la profondeur, elle a pour but de désorganiser et d’affaiblir l’ennemi en atteignant ses capacités critiques. Dans la zone arrière, elle garantit la liberté d’action en assurant le soutien, la protection et la continuité du commandement. Au contact, elle permet aux brigades d’exploiter les effets produits et d’emporter la décision.
Pour agir dans la profondeur du champ de bataille, la division s’appuie sur les brigades spécialisées du commandement des actions dans la profondeur et du renseignement (CAPR). Dans le contexte actuel de retour de la haute intensité, la 19 e brigade d'artillerie (19e Bart) et la brigade de renseignement et cyber-électronique (BRCE) se préparent sans relâche pour apporter au moment venu à la division, les systèmes d’armes, les compétences et les savoir-faire spécifiques indispensables, pour « mettre à portée de tir » de ses brigades, les forces ennemies. L’intégration au sein du système de combat divisionnaire de ces capacités « différenciantes » permet de produire un large panel d’effets allant du renseignement à la destruction des capacités critiques de l’adversaire.
Dans les faits, les unités du CAPR appuient la manœuvre de la division en participant à la boucle renseignement-acquisition/feux, à la maîtrise du spectre électromagnétique ainsi qu’à la coordination des intervenants dans la troisième dimension (CI3D). Complémentaires, elles contribuent à l’appui des brigades au contact et à l’acquisition du renseignement dans la profondeur du dispositif adverse pour détecter les menaces, identifier les vulnérabilités et localiser les cibles à haute valeur ajoutée. Par leurs feux et leurs capacités d’attaque cyber-électronique, elles traitent leurs objectifs selon les effets recherchés.
Il s’agit d’atteindre les centres de gravité ennemis, de perturber ses soutiens et de réduire son potentiel de combat. Dans cet espace de bataille pouvant aller jusqu’à cinq cents kilomètres de profondeur, la célérité et la fluidité de la boucle renseignement- feux constituent des enjeux majeurs pour prendre l’ascendant sur l’adversaire et conserver l’initiative.
Tenir dans la durée
Capable d’agir au loin, la division conduit également une manœuvre indispensable dans la zone arrière. En haute intensité, la logistique et les appuis ne se limitent pas à soutenir les opérations : ils conditionnent leur capacité à durer, le tempo et la liberté d’action de la force. La brigade de soutien divisionnaire (BSD) assure cette continuité vitale entre les arrières, les appuis et les unités au contact. Elle organise les flux, sécurise les ressources, adapte les itinéraires et maintient la capacité de la division à combattre dans la profondeur et dans le temps. Armée par les unités du commandement de l’appui et de la logistique de théâtre (CALT) 6 , la BSD constitue le maillon de cohérence du soutien divisionnaire. Elle intègre les directions et services interarmées afin de commander une manœuvre logistique unifiée, résiliente et optimisée.
Au cours d’Orion 26, la base de soutien divisionnaire subordonnée à la 1 re DIV a éprouvé des modes d’action adaptés au combat moderne : dissémination des ressources, mobilité accrue, discrétion, durcissement des postes de commandement et interopérabilité avec les alliés. Par son organisation, elle a donné à la division l’épaisseur indispensable pour soutenir les grandes unités au contact et en appui, absorber les ruptures de flux et in fine, conserver l’initiative.
Une brigade bonne de guerre
Engagée dans la zone des contacts de la division, les brigades interarmes intègrent les effets nécessaires à la manœuvre interarmes. Dans la profondeur, leur échelon de reconnaissance-frappe combine renseignement, guerre électronique, drones et feux pour détecter, fixer et neutraliser l’adversaire. Doté d’une autonomie renforcée, il dépasse la simple addition de moyens de reconnaissance et d’acquisition.
Au contact, les moyens lourds, comme les chars Leclerc et l’infanterie mécanisée produisent le choc, appuyés par des drones d’attaque, des munitions téléopérées, des moyens du génie, des mortiers et des capacités de brouillage. La brigade frappe en combinant mobilité, protection et létalité. Dans sa zone arrière, les actions de déception et les leurres contribuent à masquer les intentions de la force et préserver sa liberté d’action.
La capacité de la brigade à produire des effets de façon réactive et synchronisée repose en grande partie sur le commandement par intention, l’intégration interarmes aux plus bas échelons, l’accélération de la boucle capteurs-effecteurs et sa capacité à coordonner des actions complexes tels que le bréchage ou le franchissement. En 2025, dans le cadre de la transformation de l’armée de Terre, la 7 e brigade blindée a démontré lors de l’exercice Dacian fall, sa capacité à être projetée rapidement et à combattre d’emblée dans un cadre multinational de haute intensité.
S’adapter pour vaincre
La robotisation du champ de bataille, le recours à l’intelligence artificielle, l’utilisation croissante de drones révolutionnent la conduite de la guerre. Dans ce contexte, pour conserver l’ascendant, innover devient une nécessité.
À l’échelle de la division, cet impératif d’innovation se traduit par une adaptation permanente des tactiques, une exploitation renforcée des données et une accélération de la prise de décision. Elle permet d’intégrer rapidement les retours d’expérience et de nouvelles capacités afin de conserver l’ascendant sur un adversaire en évolution constante. Dans ce contexte, le poste de commandement devient un système distribué, interopérable et résilient, capable de traiter des flux massifs d’informations pour les convertir en décisions opérationnelles.
La modernisation des outils numériques, notamment grâce à Sitaware et au Data Hub de l’Avant, améliore la compréhension partagée de la situation, accélère les échanges et fluidifie la coordination entre les échelons tactiques. Sitaware est un système numérique de commandement qui permet de partager en temps réel une vision commune de la situation tactique entre les différents échelons. Il facilite la planification, la coordination et la conduite des opérations grâce à une exploitation rapide des données et des échanges d’information. Son emploi renforce ainsi la réactivité, l’interopérabilité et l’efficacité des postes de commandement.
Le Data Hub de l’Avant complète ce système en centralisant, croisant et exploitant les données issues des capteurs et des unités engagées. Il permet une diffusion plus rapide de l’information et peut recourir à l’intelligence artificielle pour prioriser, synthétiser et faciliter la compréhension d’une situation.
Expérimentés lors des exercices Small Joint Operations 25 et Orion 26, ces nouveaux systèmes marquent une évolution notable dans l’appropriation des nouveaux outils numériques. Ils permettent au PC de la 1 re DIV de gagner en réactivité, en cohérence et en robustesse. Aujourd’hui, gagner la guerre ne dépend pluseulement de la quantité de moyens engagés, mais également de la capacité à voir, comprendre, décider et transmettre plus vite que l’adversaire.
Encourager l’esprit pionnier
Face à la densification des capteurs, à la généralisation des drones et à l’accélération des cycles de décision, la 27 e brigade d’infanterie de montagne (27 e BIM), brigade d’urgence subordonnée à la 1 ère DIV, fait évoluer ses modes d’action. Le Commandement du combat futur (CCF), lui a ainsi confié un mandat exploratoire visant à développer un modèle de combat plus décentralisé, mobile et dronisé, adapté aux contraintes de la haute intensité.
La 27 e BIM cherche ainsi à réduire la vulnérabilité de ses unités sans perdre sa capacité à produire des effets. Elle travaille sur le traitement d’objectifs dans la profondeur tactique, l’emploi élargi des drones avec notamment des relais permettant d’atteindre des cibles au-delà des reliefs, la discrétion des postes de commandement, parfois camouflés dans des granges ou autres bâtiments civils, la diversification des transmissions et l’autonomie accrue des unités engagées avec des systèmes d’alimentation électrique basés sur les énergies éoliennes ou solaires 7 .
Dans un environnement de plus en plus transparent, la masse ne peut plus être concentrée sans risque ; elle doit être distribuée, dissimulée et capable de se recomposer rapidement. Cette logique prévaut également pour la logistique. Plus éloignée du contact, elle peut s’appuyer sur des dépôts avancés, des flux fractionnés et des véhicules moins exposés. Éprouvées au cours d’Orion 26 , ces adaptations illustrent la dynamique visant à confier davantage d’autonomie aux échelons tactiques, et d’accepter une part d’incertitude pour rester maître du rythme de la manœuvre.
L’innovation au cœur de la manœuvre
Appartenant également à la 1 re DIV, la 9 e brigade d’infanterie de Marine (9 e BIMa) s’inscrit dans cette dynamique d’innovation au service du combat moderne. Fidèle à son « esprit pionnier », elle s’est vu confier par le CCF, à l’été 2025, la mission de développer de nouvelles solutions dans les domaines du combat fluvial et de la dronisation. Encadrés par un document de référence, ces travaux sont portés au sein des régiments par des personnels passionnés, alliant expertise tactique et maîtrise des nouvelles technologies.
En lien étroit avec ses partenaires industriels, la brigade développe plusieurs projets qui nourrissent directement la réflexion capacitaire de l’armée de Terre. L’ unité de "drones de chasseʺ du 1 er régiment d’infanterie de Marine en est une parfaite illustration. Elle associe capacités de détection et de frappes coordonnées de drones en essaim, appuyées par l’intelligence artificielle. Les artilleurs du 11 e régiment d’artillerie de Marine expérimentent, quant à eux, des capteurs déployés par drones afin de détecter et localiser l’artillerie adverse dans la profondeur.
La 9 e BIMa investit également dans la formation et l’adaptation permanente de ses combattants. Son Centre d’entraînement tactique drones prépare les télépilotes aux tactiques émergentes du champ de bataille. Enfin, avec le projet Orque, la brigade travaille également sur son cœur de métier, les opérations amphibies, en expérimentant des drones navals pour accompagner ses manœuvres de changement de milieux. Agiles sur terre comme sur mer, marsouins et bigors conjuguent héritage opérationnel et technologies innovantes pour préparer les engagements futurs au profit de la division.