Direction des ressources humaines de l'armée de Terre de combat
Texte : Direction des ressources humaines de l'armée de Terre
Publié le : 03/11/2025 - Mis à jour le : 19/11/2025.
Dans un contexte de conflictualité accrue et de concurrence renforcée avec le secteur privé pour attirer les spécialistes, l’armée de Terre considère désormais sa ressource humaine comme un véritable outil de combat. Recruter des cadres qualifiés, former massivement, accompagner chaque soldat et gérer les carrières de manière individualisée constituent autant de leviers au service de l’efficacité opérationnelle. L’armée de Terre a fait le choix d’un modèle de « RH de combat », résolument tourné vers la haute intensité, dont les cadres, à tous les échelons, sont imprégnés du commandement par intention prôné par le général Pierre Schill.
Disposer d’hommes et de femmes prêts à combattre « dès ce soir » suppose confiance, responsabilisation, soutien et valorisation. Tel est l’objet de ce dossier : démontrer qu’au-delà des matériels, l’humain demeure la clé de la supériorité opérationnelle.
La bataille des cadres
Face à la transformation rapide de ses métiers et à une concurrence accrue du secteur privé, l’armée de Terre place désormais le recrutement des cadres au cœur de sa stratégie. L’enjeu : attirer des profils qualifiés dans des domaines clés tels que la maintenance, la logistique, les systèmes d’information ou la cyberdéfense.
Dans un contexte marqué par le déclin démographique, la forte croissance des besoins en compétences techniques et les nouvelles attentes des jeunes générations, le recrutement devient plus difficile, en particulier pour les métiers techniques. Pour renforcer son attractivité, l’armée de Terre privilégie une approche de proximité avec la jeunesse, fondée sur des partenariats entre écoles et régiments. Le modèle initié en 2011 entre le 8e régiment du matériel de Mourmelon-le-Grand et un lycée professionnel s’est élargi à d’autres régiments, comme le 28e régiment de transmissions d’Issoire. Des programmes comme “IRT+” en partenariat avec le groupement d’établissements publics locaux d’enseignement (Greta) permettent à des jeunes de suivre une formation technique tout en s’immergeant dans la culture militaire, renforçant ainsi leur engagement et leur préparation à l’emploi.
Au-delà du secondaire, l’armée de Terre tisse également des liens avec des écoles de l’enseignement supérieur. Des modèles hybrides comme celui de Ynov (campus numériques) permettent de former des sous-officiers et officiers dans les domaines du numérique et de la cyberdéfense. Ces cursus, construits en équipe avec le Commandement de l’appui terrestre numérique et cyber (CATNC), misent sur la sélection rigoureuse, le suivi des candidats et l’accès facilité à l’alternance et à la réserve. Ce type de parcours pourrait représenter une voie d’avenir pour le recrutement, alliant compétences techniques, immersion militaire et engagement citoyen. Par ailleurs, un système de bourse permet désormais d’accompagner la formation de certains étudiants dans les domaines les plus recherchés.
Une campagne ciblée sur les cadres
En septembre 2025, l’armée de Terre a lancé sa première campagne de communication spécifiquement dédiée aux cadres. Elle met en valeur les fortes responsabilités confiées très tôt ainsi que l’excellence de la formation au commandement dispensée dès le début.
Les métiers techniques, tels que cyber-combattants ou spécialistes en maintenance, y sont également promus afin de susciter de nouvelles vocations. L’approche marketing est modernisée :
- quatorze semaines de diffusion de cette campagne de communication permettent de faire passer les messages à travers des médias variés (télévision, supports digitaux, réseaux sociaux, affichage en salle de sport ou centre commercial).
L’objectif est de toucher les jeunes sur leurs lieux de vie, avec des contenus réalistes. Cette action s’accompagne d’opérations de relations publiques à destination des jeunes diplômés, menées par le pôle recrutement jeunesse de la DRHAT. Le forum Terre de jeunesse, organisé à l’École militaire le 11 février dernier, a présenté aux étudiants et jeunes diplômés (universités, grandes écoles) les différentes voies d’accès au monde militaire :
- concours (École spéciale militaire, officier sur titre),
- préparations militaires,
- contrats de volontaire aspirant ou encore réserve, adaptés à chaque profil et motivation.
Face à son succès, l’événement sera reconduit en février 2026 et déployé dans toutes les zones Terre.
Vers un modèle de recrutement durable
La modernisation du recrutement est devenue un enjeu stratégique pour l’armée de Terre. Dans un monde où les menaces évoluent et les technologies se complexifient, disposer de cadres qualifiés est une condition essentielle à l’efficacité opérationnelle.
L’armée de Terre doit donc rivaliser avec le secteur privé tout en respectant son identité propre, fondée sur la discipline et l’engagement collectif. Nous ciblons des profils motivés, capables de répondre aux besoins précis des armées.
Cette évolution passe par la mise en place de parcours attractifs (programmes grandes écoles, périodes militaires), la valorisation de l’engagement dans la réserve et l’ouverture vers des profils civils expérimentés.
À l’horizon 2030, l’ambition est claire faire de l’armée de Terre un employeur reconnu pour son sérieux, ses valeurs et ses perspectives de carrière, capable de séduire des jeunes en quête de sens tout en garantissant la performance de la défense nationale.
Adapter la formation aux guerres de demain
Dans un environnement complexe et en constante évolution, l’armée de Terre modernise ses écoles afin de répondre aux conflits présents et futurs. Elle doit pour cela former davantage de cadres d’active et de réserve, en s’appuyant sur des pédagogies innovantes et les nouvelles technologies, pour préparer les chefs de demain aux défis opérationnels.
Adapter les écoles aux évolutions opérationnelles
Le durcissement des conflits impose une adaptation constante de l’outil de formation.
Le pôle formation de la DRHAT et ses écoles optimisent leurs dispositifs à deux niveaux :
- Préparation à l’hypothèse d’un changement d’échelle en termes de formation et révision priorisée des contenus.
- La guerre de haute intensité requiert une évolution des pratiques pédagogiques et du commandement, centrés sur les finalités.
En cas de conflit, un flux important de formations serait assuré grâce à des renforts (réservistes, blessés, militaires temporairement inaptes), conciliant besoins opérationnels et formation accélérée. Les écoles disposent ainsi des conditions matérielles, humaines et doctrinales pour basculer rapidement vers une formation de masse.
Parallèlement, le renforcement des liens entre brigades, écoles et grands employeurs garantit l’adéquation des formations aux besoins opérationnels.
Forger des chefs à la hauteur des enjeux de demain
Après la création de l’École militaire des aspirants de Coëtquidan (EMAC) en 2021 et sa réorganisation de 2023, l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (AMSCC) poursuit sa transformation avec la refonte des scolarités pour répondre aux besoins de l’armée de Terre de combat.
Inscrite dans l’ambition AMSCC 2030, la réforme de l’École militaire interarmes sera effective dès 2026, dans le prolongement de celle de l’École spéciale militaire, dont une deuxième promotion suit déjà une scolarité rénovée.
Au-delà des programmes, il s’agit d’orienter les formations vers les finalités du métier dans une approche intégrée (militaire, académique et humaine).
Objectif : former des chefs capables de commander, innover et maîtriser tactique et stratégie.
Les nouvelles scolarités alternent périodes académiques et militaires et privilégient les projets concrets liés aux enjeux du ministère des Armées.
Parallèlement, le projet de plateforme de recherche et d’expérimentation vise à développer des pédagogies innovantes, renforçant autonomie et esprit pionnier des élèves-officiers. Dans un contexte stratégique en mutation, la formation s’adapte pour préparer les chefs aux combats de demain.
L’Esorsem : les officiers de réserve s’y « instruisent pour mieux servir »
Au sein du Centre de l’enseignement militaire supérieur - Terre (CEMS-T), l’École supérieure des officiers de réserve spécialistes d’état-major (Esorsem) illustre une singularité académique, riche de son histoire et tournée vers les enjeux contemporains. Chaque année, elle forme près de sept cents officiers et sous-officiers aux savoir-faire opérationnels, à la culture du commandement et à la performance décisionnelle, en cohérence avec l’emploi du personnel d’active et de réserve.
Sa pédagogie, alignée sur celle de l’École de guerre-Terre et de l’École d’état-major, délivre les mêmes qualifications et répond aux exigences d’un engagement en haute intensité comme sur le territoire national, intégrant aussi les technologies émergentes.
Héritière d’une tradition née après 1870, l’Esorsem adapte ses formations, reconnues dans le monde civil (certifications Qualiopi et RNCP), valorisant l’expérience militaire et renforçant l’employabilité des officiers.
Des soldats acteurs de leur parcours professionnel
L’armée de Terre offre des parcours de carrière conçus pour répondre aux aspirations tant professionnelles que personnelles de chacun de ses membres. Taillés “sur mesure” ils reposent sur un dialogue constant entre l’institution et ses soldats.
Les trajectoires professionnelles des soldats sont construites pour offrir des perspectives claires et accessibles. L’objectif est de favoriser l’épanouissement individuel et fidéliser grâce à des opportunités d’évolution de parcours comprenant des possibilités de réorientation. La gestion de carrière repose sur un dialogue constant entre le militaire, le commandement et le gestionnaire. Celui-ci accompagne chaque soldat tout au long de son parcours selon ses aspirations personnelles, ses compétences et les besoins de l’institution.
Expert de son domaine et proche des unités, il apporte à la DRHAT une connaissance métier enrichie d’expérience RH.
Ce lien permanent avec le terrain garantit une gestion individualisée, exigeante et profondément humaine.
Les rendez-vous d’orientation
Le parcours professionnel d’un militaire est rythmé par des rendez-vous d’orientation, moments clés d’une gestion individualisée.
Entretiens de carrière pour les officiers ou bilans professionnels pour les sous-officiers, ils ont lieu tous les quatre à cinq ans ou à l’initiative du gestionnaire ou du soldat. Ces échanges permettent d’évaluer compétences, performances et aspirations, de les confronter aux besoins de l’institution et de définir un plan de carrière personnalisé.
Leur efficacité repose sur une préparation sérieuse du militaire. À l’issue, le gestionnaire formule des recommandations et le soldat met en oeuvre les actions nécessaires (stages, mobilité) pour concrétiser les orientations retenues.
De nouvelles opportunités de carrière
La réorientation en cours de carrière constitue un acte de gestion essentiel, garantissant l’employabilité des militaires, en particulier des sous-officiers, et favorisant leur fidélisation. Elle répond aux besoins des unités tout en assurant l’équilibre des filières.
Pour les sous-officiers, elle représente aussi une occasion de diversifier leur parcours :
- changer de métier,
- bénéficier d’affectations plus longues ou percevoir une prime (PLS 6). De nombreuses voies,
- techniques ou opérationnelles comme le cyber, s’ouvrent ainsi en seconde partie de carrière.
Rejoindre la filière cyber
L’armée de Terre renforce ses capacités dans le domaine de la conflictualité cyber en adaptant ses formations et ses recrutements.
Un sous-officier intéressé par le numérique peut ainsi demander une réorientation et suivre un cursus dédié, ouvrant la voie à des postes à responsabilité dans l’armée de Terre et le ministère des Armées.
Deux parcours existent :
la réorientation par la qualification des acquis professionnels de deuxième niveau (QAP2, formation certifiante de dix mois) pour les titulaires d’un brevet supérieur de technicien ou militaire de deuxième niveau ;
ou la réorientation au terme de ce brevet, à partir des filières SIC/ESI (systèmes d’information) et SIC/EDR (réseaux).
Lieutenant-colonel Pierre-Denis : un gestionnaire au service de ses pairs
Le gestionnaire est avant tout un soldat parmi les autres, comme en témoigne le parcours du lieutenant-colonel Pierre-Denis. Ancien appelé du contingent, puis officier sous contrat devenu de carrière, il sert aujourd’hui au sein du Pôle gestion du personnel. Fort de son expérience d’officier mécanicien des matériels, il met au service des officiers une expertise directement issue du terrain.
Accompagner au plus près
Créé à l’été 2024, le pôle accompagnement incarne la volonté de l’armée de Terre de placer l’humain au coeur de ses priorités.
Il vise à renforcer la résilience des membres de l’institution à travers un meilleur accompagnement de la condition militaire, notamment en matière de qualité de vie en quartier ou en garnison. Il assure également un soutien tout au long de l’engagement opérationnel, y compris pour les blessés.
L’engagement : Je suis recruté, je suis accompagné
Parce que s’engager, c’est adopter un nouveau mode de vie, l’armée de Terre accompagne ses soldats dès l’incorporation. Le jeune engagé, souvent confronté à un changement profond de repères, bénéficie d’un soutien logistique, administratif et social (hébergement, transport, couverture complémentaire, aides exceptionnelles).
Des dispositifs locaux, tels que le parrainage, renforcent cet appui lors des moments difficiles. Prendre soin du soldat dès ses premiers pas, c’est consolider la cohésion, la fraternité et la fidélisation au service de la Nation.
L’opérationnel : Je suis projeté, je suis accompagné
Pour garantir son efficacité opérationnelle, le militaire est accompagné avant, pendant et après chaque engagement.
Cette préparation, physique et psychologique, développe les forces morales nécessaires pour durer. Formé et entraîné (sauvetage psychologique au combat (SPC), techniques d’ optimisation des ressources des forces armées (Orfa)), il renforce ses ressources personnelles. Durant l’opération, il s’appuie sur sa hiérarchie, son collectif et un réseau de soutien conseillers facteur humain (CFH) pour faire face aux vulnérabilités. Au retour, le dispositif de fin de mission facilite sa remise en condition et sa ré-employabilité, tandis que sa famille bénéficie du dispositif Éléas.
Cet accompagnement continu densifie les forces morales individuelles et collectives, véritables facteurs de supériorité opérationnelle.
La blessure potentielle
Si je suis blessé, je suis accompagné La blessure fait partie du risque du métier des armes et nécessite un accompagnement immédiat et dans la durée. Celui-ci repose sur six axes :
- soins,
- accompagnement administratif et juridique,
- reconstruction par le sport,
- réhabilitation psychosociale,
- réinsertion professionnelle, ainsi qu’un soutien social et familial.
- Physique ou psychique, la blessure ouvre l’accès à de nombreux dispositifs coordonnés par la chaîne blessés (CABAT, zones Terre, Bureau environnement humain).
Un référent guide chaque militaire selon ses besoins, avec possibilité de reprise thérapeutique ou de postes adaptés. Les régiments soutiennent particulièrement les blessés réintégrés, tandis que le commandement reste le premier responsable de leur accompagnement.
La mutation : Je suis muté, je suis accompagné
Les mutations, inhérentes à la vie militaire, sont à la fois sources d’opportunités et de contraintes (logement, scolarisation, emploi du conjoint, soins, éloignement). Pour en limiter l’impact, l’armée de Terre propose un accompagnement global :
- aides à l’installation,
- accès prioritaire au logement,
- soutien à l’emploi du conjoint,
- solutions de garde
- et appui social personnalisé.
Des partenariats (CNMSS, bailleurs privés, dispositif Mut’actions) et le réseau Famille des armées facilitent l’accueil en garnison. En cas de situation sensible, l’Action sociale des armées complète ce dispositif.
L’objectif est de garantir une installation sereine, condition de la disponibilité et de l’équilibre familial.
Commander par intention
Le commandement est au coeur de l’efficacité militaire, il conditionne la réussite des missions, la cohésion de l’institution et, in fine, la victoire. Dans un contexte marqué par le retour de la guerre en Europe et l’accélération du tempo décisionnel sur le champ de bataille, l’armée de Terre adapte en profondeur ses méthodes et sa culture du commandement.
Cette évolution est rendue nécessaire par des raisons positives et négatives. Positives, car la clarté du but à atteindre, la rapidité de décision et l’initiative individuelle sont des conditions d’efficacité, tant en opérations qu’au quartier. Négatives, car l’armée de Terre subit les influences sociétales :
- inflation normative,
- dilution des responsabilités,
- poids du principe de précaution et centralisation excessive induite par les outils numériques.
De plus, dissocier le commandement en opérations de celui exercé en garnison est contre-productif et fragilise l’exécution des missions ainsi que le moral de la troupe.
Le Commandement par Intention (CPI) constitue la réponse à ces défis. Il s’agit d’un style qui fait le pari de l’intelligence :
- celle des chefs qui donnent du sens, fixent le cap et assument leur responsabilité ;
- celle des subordonnés qui prennent des initiatives, consentent à leur part de risque et comprennent leur place dans la mission globale. Il repose sur une discipline intellectuelle tournée vers le résultat et la responsabilité, où seule la victoire compte.
- Enfin, il constitue une méthode transmissible et applicable, fondée sur un dialogue constant au sein de la chaîne hiérarchique et sur des outils éprouvés (backbrief, MEDOT, parallel planning, etc.).
Concrètement, cette transformation se traduit par trois chantiers.
- Sur le plan fonctionnel, clarification des chaînes de commandement et application de la subsidiarité.
- Sur le plan organisationnel, recentrage des brigades comme point d’application du CPI et restitution de leviers aux échelons de proximité.
- Enfin, sur le plan éducatif, formation des chefs à la responsabilité et au courage moral, afin de bâtir une culture où l’initiative est valorisée et l’échec assumé et sanctionné.
Ainsi, l’armée de Terre fait le choix d’un commandement à la fois clair, responsabilisant et adapté aux réalités d’aujourd’hui, afin de conserver l’initiative et garantir la victoire.